De hautes portes en fer, avec le léopard et le griffon qui sont les supports des armoiries de Beaufort, fixées au haut des piliers qui les flanquaient, s'ouvraient sur un beau parc formé de pelouses et de prairies, avec des bouquets d'arbres disséminés çà et là, et de grandes pièces d'eau, ou pullulaient les oiseaux sauvages.
À chaque détour de l'avenue sinueuse que nous parcourions à cheval, se présentait à nos yeux quelque beauté nouvelle, que le Fermier Brown me signalait et m'expliquait.
Il avait l'air aussi fier de cet endroit que s'il en eût été le propriétaire.
Ici c'était un ouvrage en rocaille où des milliers de pierres aux brillantes couleurs s'entrevoyaient sous les fougères et les plantes grimpantes qui avaient été placées de manière à les revêtir.
Là c'était un joli ruisseau babillard dont le lit avait été tracé de telle sorte qu'il franchissait en écumant un bord formé de roches à pic.
Ou bien c'était la statue d'une nymphe, d'un dieu des forêts, ou encore une retraite construite avec art et dissimulée sous les roses et les chèvrefeuilles.
Je n'avais jamais vu un parc disposé avec autant de goût, et c'était arrangé comme doit l'être toute œuvre d'art excellente, en suivant la nature de si près, que la seule différence consistait dans l'accumulation de ces ouvrages dans un espace aussi restreint.
Quelques années plus tard, notre goût anglais, si sain, fut gâté par le jardinage pédantesque des Hollandais, avec ses pièces d'eau remarquables par leur platitude et leurs lignes droites, par ses arbres qui tous étaient taillés, tous alignés, comme des grenadiers végétaux.
À vrai dire, je trouve que le Prince d'Orange et Sir William Temple sont amplement responsables de ce changement, mais aujourd'hui le mal est réparé, à ce que j'ai ouï dire, et nous avons cessé de vouloir en remontrer à la nature dans nos domaines d'agrément.
Comme nous approchions de la maison, nous arrivâmes près d'une vaste pelouse horizontale, où s'exerçaient des cavaliers.