Je vis les hautes tours et les pignons de l'aile des Botelers se dessiner en noir d'un air menaçant contre le ciel étoilé.

J'arrivai au septième arbre.

Je grimpai sur la grosse branche qui passait par-dessus la muraille du parc et je me laissai tomber de l'autre côté, où je trouvai mon bon vieux gris-pommelé m'attendant sous la surveillance d'un palefrenier.

Je m'élançai en selle, me ceignis une fois encore de mon épée et partie au galop, d'un train aussi rapide que le comportaient quatre jambes pleines de bonne volonté, pour retourner à mon point de départ.

Je chevauchai pendant toute cette nuit-là sans tirer les rênes, traversant des hameaux endormis, des fermes baignées de clair de lune, longeant des cours d'eau brillants, furtifs, franchissant des collines couvertes de bouleaux.

Quand le ciel d'Orient passa de la teinte rouge à la teinte écarlate, et que le grand soleil montra son bord par-dessus les hauteurs bleues du comté de Somerset, j'avais déjà accompli une bonne partie de mon trajet.

C'était au matin d'un jour de sabbat et de tous les villages arrivait le doux tintement d'appel des cloches.

Je ne portais alors sur moi plus de papiers compromettants.

Aussi pouvais-je voyager avec plus d'insouciance.

Quelque part, un gardien de route au regard pénétrant me demanda où j'allais, mais lorsque je lui eus répondu que je venais de chez Sa Grâce le Duc de Beaufort, cela suffit pour dissiper ses soupçons.