Au moment où je me présentai, le Conseil du Roi Monmouth était réuni, et mon entrée causa une joyeuse surprise, car on venait justement d'apprendre ma situation périlleuse.
La présence du Roi lui-même ne put empêcher plusieurs membres et parmi eux les deux vieux soldats de fortune, de se lever brusquement et de me serrer la main avec chaleur.
Monmouth dit, lui aussi, quelques mots pleins de grâce et m'invita à m'asseoir à la table avec les autres.
—Vous avez conquis le droit de prendre place dans notre Conseil, dit-il, et pour qu'il ne naisse point de jalousie parmi d'autres capitaines, en vous voyant au milieu de nous, je vous octroie présentement le titre spécial de commandant des éclaireurs, fonction qui n'ajoutera que peu, sinon rien, à votre tâche actuelle, dans l'état où sont maintenant nos forces, mais qui vous donnera la préséance sur vos camarades. Nous avons appris que vous avez été accueilli par Beaufort de la façon la plus rude et que vous étiez en terrible situation dans ses prisons. Mais vous êtes arrivé sain et sauf, sur les talons mêmes de l'homme qui a apporté la nouvelle. Dites-nous ce qui vous est survenu depuis le premier moment jusqu'à la fin.
J'aurais voulu me borner à parler de Beaufort et de son message, mais comme le Conseil semblait désireux d'entendre tout le récit de mon voyage, je dis en langage aussi bref, aussi simple que possible, les divers incidents qui m'étaient arrivés, l'embuscade des contrebandiers, la caverne, la capture de l'employé de l'Excise, le voyage à bord du lougre, comment j'avais fait la connaissance du fermier Brown, comment j'avais été jeté en prison et en avais été délivré, le message que j'étais chargé d'apporter.
Tout cela fut écouté par le Conseil avec la plus grande attention.
De temps à autre, un juron mal contenu d'un courtisan, un gémissement et une prière d'un Puritain, montraient avec quel ardent intérêt on suivait les phases diverses de mon aventure. Mais ce qui attira le plus l'attention, ce fut le langage de Beaufort.
On m'interrompit plus d'une fois quand on croyait que je passais sur quelqu'une des choses dites ou faites sans donner le temps de l'apprécier.
Lorsque je fus enfin arrivé au bout, tout le monde resta silencieux.
On se regardait les uns les autres, à attendre que quelqu'un formulât une opinion.