—Si nous gagnons Beaufort, nous aurons la ville, dit Sir Stephen Timewell. Il s'y trouve déjà nombre de gens pieux et honnêtes, qui se réjouiraient de voir une armée protestante dans leurs murs. Si nous avions à faire le siège, nous pourrions compter sur leur concours.

—Grêle et éclairs! s'écria le guerrier allemand avec une impatience que ne pouvait contenir la présence même du Roi, comment nous parler de sièges et de blocus, alors que nous n'avons pas même une pièce de siège avec nous.

—Le Seigneur nous fournira des pièces de siège, s'écria Ferguson, de sa voix étrange et nasillarde. Le Seigneur n'a-t-il point brisé les tours de Jéricho sans l'aide de la poudre à canon. Le Seigneur n'a-t-il pas fait surgir le brave Robert Ferguson? Ne l'a-t-il pas sauvé malgré trente-cinq sommations à comparaître et vingt-deux proclamations des impies? Quelle chose lui est impossible? Hosannah! Hosannah!

—Le Docteur a raison, dit un Indépendant anglais à la face carrée, à la peau tannée, nous parlons trop des moyens de la chair, des chances du siècle, et nous comptons sans cette bienveillance céleste qui devrait nous servir de bâton sur les routes pleines de cailloux et de fondrières... Oui, messieurs, reprit-il, en élevant la voix et regardant les courtisans assis de l'autre côté de la table, vous pouvez accueillir d'un air moqueur les paroles pieuses, mais je vous le dis, c'est vous, avec vos pareils, qui attirerez sur cette armée la colère de Dieu.

—Et moi aussi, je le dis, cria d'un ton farouche un autre sectaire.

—Et moi aussi... Et moi aussi, crièrent plusieurs autres, parmi lesquels était Saxon.

—Est-ce que Votre Majesté trouve bon que nous soyons insultés à la table de votre propre Conseil? s'écria un des courtisans, en se levant tout à coup, la figure rougie. Faudra-t-il que nous supportions encore longtemps cette violence, parce que nous avons la religion du gentilhomme, et que nous préférons la pratiquer dans le secret de nos cœurs plutôt qu'au coin des rues, avec ces Pharisiens.

—Ne parlez pas contre les Saints de Dieu, s'écria un Puritain d'un ton haut et farouche. J'entends au-dedans de moi une voix qui me dit qu'il vaudrait mieux te frapper à mort, oui, même en présence du Roi, plutôt que de te permettre de semer le mépris sur ceux qui ont été régénérés.

Plusieurs, des deux côtés, s'étaient levés.

Les mains étaient posées sur les poignées des épées et l'on échangeait des regards plus terribles que des coups de rapières.