Sur certains points, où les chaires improvisées étaient trop rapprochées, les sermons avaient tourné en une ardente discussion entre les deux prédicateurs, et l'auditoire y participait par des murmures sourds, des gémissements, et chacun applaudissait le champion dont les doctrines étaient les plus conformes aux siennes.
Ce fut à travers cette scène, rendue plus frappante encore par la lueur rouge et tremblotante des feux de bivouacs, que je me frayai passage, le cœur lourd, car je sentais combien il était vain d'espérer le succès, quand régnait tant de discorde.
Quant à Saxon, ses yeux brillaient.
Il se frottait les mains avec satisfaction.
—Le ferment opère, dit-il, et ce ferment produira des résultats.
—Je ne vois pas ce qui peut en sortir, si ce n'est du désordre et de la faiblesse, répondis-je.
—Il en sortira de bons soldats, mon garçon, dit-il. Ils sont en train de s'aiguiser, chacun de la façon qui lui est propre, sur la pierre de la religion. Ces disputes engendrent des fanatiques, et le fanatique est l'étoffe dont sont fait les conquérants. N'avez-vous pas entendu dire que l'armée du Vieux Noll était divisée entre Presbytériens, Indépendants, Antinomiens, Hommes de la Cinquième Monarchie, Brownistes, et une vingtaine d'autres sectes, dont les querelles ont créé les plus beaux régiments qui se soient jamais alignés sur un champ de bataille.
Ainsi que le font ceux qui établissent leur foi
Sur l'épée et le fusil comme texte sacré.
«Vous connaissez ce distique du vieux Samuel. Je vous le dis, j'aime mieux les voir occupés à cela qu'à leur exercice, avec toutes leurs bisbilles et leur vacarme.
—Mais ce désaccord au Conseil? demandai-je.