—Voici mes ordres, dit Saxon en s'avançant vers nous sur son cheval, au moment où nous prenions nos places près de nos compagnons. Moi et mes capitaines, nous nous réunirons à l'escorte du Roi, quand il passera, et nous l'accompagnerons ainsi jusqu'à la place du Marché. Vos hommes présenteront les armes et resteront en place jusqu'à notre retour.
Nous tirâmes, tous les trois, nos sabres et nous fîmes le salut.
—Si vous voulez bien venir avec moi, messieurs, et prendre position à droite de cette porte-ci, dit-il, je pourrai vous dire quelques mots au sujet de ces gens, quand ils défileront. Trente ans de guerre, sous bien des climats, m'ont bien donné le droit de parler en maître-ouvrier qui instruit ses apprentis.
Nous suivîmes son invitation avec empressement.
On franchit la porte, qui maintenant se réduisait à une large brèche parmi les tas de déblais marquant l'emplacement des anciennes murailles.
—On ne les aperçoit pas encore, fis-je remarquer, pendant que nous montions sur une hauteur commode. Je suppose qu'ils doivent arriver par cette route dont les détours suivent la vallée en face de vous.
—Il y a deux sortes de mauvais généraux, dit Saxon, l'homme qui va trop vite et celui qui va trop lentement. Les conseillers de Sa Majesté ne seront jamais accusés du premier de ces défauts, quelques erreurs qu'ils puissent commettre d'ailleurs. Le vieux Maréchal Grunberg, avec qui j'ai fait trente-six mois de campagne en Bohème, avait pour principe de voler à travers le pays, pêle-mêle, cavalerie, infanterie, artillerie, comme s'il avait le diable à ses trousses. Il aurait pu commettre cinquante fautes, mais l'ennemi n'avait jamais le temps d'en profiter. Je me rappelle un raid que nous fîmes en Silésie. Après deux jours de marche dans les montagnes, son chef d'état-major lui dit que l'artillerie était hors d'état de suivre.
«—Qu'on la laisse en arrière! répondit-il.
«On abandonna donc les canons, et le lendemain au soir, l'infanterie était fourbue.
«—Ils ne peuvent pas faire un mille de plus, dit le chef.