Les bannières de Bridgewater, de Shepton Mallet, et du Bas-Storvey passèrent devant nous, avec celles des pêcheurs de Clovelly et des carriers des Blackdowns.
À l'arrière venaient trois compagnies d'hommes étranges, de taille gigantesque, bien qu'un peu courbés par le travail, avec de longues barbes en broussailles, et des cheveux tombant en désordre sur leurs yeux.
C'étaient les mineurs des collines de Mendip, et des vallées de l'Oare, de Bagworthy, gens rudes, à demi sauvages, qui roulaient des yeux à la vue des velours et des brocarts déployés par les citadins, criant à tue-tête, ou bien ils fixaient leurs femmes souriantes avec une intensité farouche qui terrifiait les paisibles bourgeois.
La longue ligne se déroula ainsi, pour se terminer par quatre escadrons de cavalerie, et quatre petits canons accompagnés de leurs artilleurs, des Hollandais en vêtements bleus, qui se tenaient aussi raides que leurs écouvillons.
Une longue procession de chars et voitures, qui avaient suivi l'armée, furent conduits dans les champs en dehors des murs et installés-là.
Lorsque le dernier soldat eut franchi la porte de Shuttern, Monmouth et ses chefs entrèrent lentement, à cheval, le Maire marchant à côté de la monture du Roi.
Au moment où nous les saluâmes, ils nous firent face, et je vis un rapide éclair de joie passer sur la figure pâle de Monmouth, quand il remarqua nos rangs compacts et notre aspect militaire.
—Par ma foi, messieurs, dit-il, en promenant ses regards sur son état-major, notre digne ami le Maire a dû hériter des dents du dragon de Cadmus. Où avez-vous fait cette belle récolte, Sir Stephen? Comment êtes-vous parvenu à les amener à une telle perfection, jusqu'au point d'avoir des grenadiers poudrés?
—J'ai quinze cents hommes dans la ville, répondit le vieux drapier avec fierté, bien que tous ne soient pas aussi disciplinés. Ces gens-ci viennent du comté de Wilts, les officiers, sont du Hampshire. Quant à leur bon ordre, le mérite n'en revient point à moi, mais au vieux soldat le colonel Decimus Saxon, qu'ils ont choisi pour commandant, ainsi que les capitaines qui servent sous ses ordres.
—Je vous dois mes remerciements, dit le Roi, s'adressant à Saxon, qui s'inclina et baissa jusqu'à terre la pointe de son épée, et à vous aussi, messieurs; je n'oublierai point l'ardente fidélité qui vous a amenés du Hampshire en si peu de temps. Dieu veuille que je trouve la même vertu en plus haut lieu. Mais à ce qu'on me dit, Colonel Saxon, vous avez longtemps servi à l'étranger. Que pensez-vous de l'armée qui vient de défiler devant vos yeux?