—Quel enjeu? grogna l'Allemand.

—Autant de vin que nous pourrons en boire en une séance.

—Ce n'est pas peu dire, en effet, fit Buyse, un couple de gallons pour le moins. Eh bien soit. Acceptez-vous la lutte?

—Je ferai ce que je pourrai, dis-je, bien que je n'aie guère l'espoir de frapper aussi fort qu'un vieux soldat éprouvé.

—Que le diable emporte vos compliments! cria-t-il d'un ton rageur. Ce fut avec de douces paroles que vous avez pris mes doigts dans ce piège à imbéciles que voilà. Maintenant voici mon vieux casque d'acier espagnol. Comme vous le voyez, il porte une ou deux traces de coups, et une nouvelle marque ne lui fera pas grand mal. Je le pose ici sur cette chaise qui est assez haute pour donner un jeu suffisant au coup de sabre. Allons-y, mon gentilhomme, et voyons si vous êtes capable d'y mettre votre marque.

—Frappez le premier, monsieur, dis-je, puisque vous avez porté le défi.

—Il me faudra abîmer mon propre casque pour refaire ma réputation de soldat, grommela-t-il. Soit, soit, ces jours-ci il a résisté à plus d'un coup de taille.

Il tira son sabre, fit reculer la foule qui s'était amassée autour de nous, brandit la lame avec une vigueur étonnante autour de sa tête, et l'abattit dans tout son élan, avec justesse, sur le casque d'acier poli.

L'objet rebondit très haut, puis retomba à grand bruit sur le parquet de chêne.

On y voyait une longue et profonde entaille qui avait pénétré à travers l'épaisseur du métal.