—On met l'armée en ligne pour l'attaque, dit Saxon, qui était arrivé à cheval pendant notre entretien. Éclair et tonnerre! A-t-on jamais vu un camp aussi exposé à un assaut. Ah! si j'avais douze cents bons cavaliers, les Pandours de Wessemburg pour une heure seulement! Comme je vous les foulerais aux pieds, jusqu'à ce que leur camp ait l'air d'un champ de blé vert après la grêle.

—Notre cavalerie ne peut-elle pas avancer? Le vieux soldat eut un profond reniflement de dédain.

—Si cette bataille peut être gagnée, il faut qu'elle le soit par notre infanterie. Qu'attendre d'une pareille cavalerie? Tenez vos hommes bien en main, car nous aurons peut-être à soutenir le choc des dragons du Roi. On pourrait nous attaquer de flanc, car nous sommes au poste d'honneur.

—Il y a des troupes à notre droite, répondis-je, en sondant les ténèbres du regard.

—Oui, les bourgeois de Taunton et les paysans de Frame. Notre brigade couvre le flanc gauche. À côté de nous se trouvent les mineurs de Mendip, et je ne pouvais désirer de meilleurs camarades, si leur ardeur ne l'emporte pas sur la prudence. En ce moment, ils sont agenouillés dans la boue.

—Ils ne s'en battront pas plus mal pour cela, remarquai-je, mais voici que les troupes se mettent en marche.

—Oui, oui, dit Saxon, d'un ton joyeux, en tirant son épée et roulant son mouchoir autour de la poignée pour la tenir plus ferme. L'heure est venue! En avant!

Nous partîmes avec grande lenteur et sans bruit à travers l'épais brouillard, nos pieds écrasant la vase du sol détrempé et y glissant.

Malgré toutes les précautions possibles, la marche d'un aussi grand nombre d'hommes ne pouvait se faire sans produire un son sourd et accentué, sous des milliers de pieds en mouvement.

En avant de nous, des taches d'une lumière rougeâtre papillotant à travers le brouillard indiquaient les feux des postes avancés du Roi.