—Non, monsieur, au nom de Dieu, dit un soldat, en mettant la main sur la bride. Le sergent Sexton vient de faire le saut. Tout est allé au fond, homme et cheval.
—Dans ce cas allons-y voir, dit Saxon en se frayant un passage à travers la foule des cavaliers.
Nous le suivîmes de tout près et nous nous vîmes enfin au bord de la vaste tranchée qui arrêtait notre élan.
Jusqu'à ce jour, il m'a été impossible de résoudre la question qui se présentait à mon esprit.
Était-ce par hasard ou par suite d'une trahison de la part de nos guides, que nous avions ignoré l'existence de ce fossé jusqu'au moment où nous nous trouvâmes près de son bord dans l'obscurité.
Certains disent que le Rhin de Bussex, ainsi qu'on le nomme, n'était ni profond ni large, et que pour cette raison les gens des marais n'en avaient point fait mention, mais que les pluies récentes et continuelles lui avaient donné une dimension inconnue jusqu'alors.
D'autres disent que les guides avaient été trompés par le brouillard et que par suite ils avaient pris une fausse direction, alors que nous eussions pu suivre un autre trajet et tomber ainsi sur le camp du roi sans traverser le fossé.
Quoi qu'il en soit, il était certain que nous l'avions en face de nous, large, noir, menaçant, mesurant bien vingt pieds d'un bord à l'autre, et que le bonnet du malchanceux sergent se voyait encore au milieu, comme un silencieux avertissement à quiconque voudrait tenter un passage à gué.
—Il doit y avoir un passage quelque part, criait Saxon avec emportement. Chaque moment vaut un escadron de cavalerie pour eux. Où est Mylord Grey? Le guide a-t-il été traité comme il le mérite?
—Le Major Hollis a précipité le guide dans la tranchée, répondit le jeune cornette. Mylord Grey a suivi les bords à cheval pour trouver un endroit guéable.