Les piquiers et les faucheurs se jetèrent également à terre à son commandement! pendant que les mousquetaires, un genou sur le sol en avant d'eux, chargeaient et tiraient sans avoir d'autre point de mire que les mèches allumées des armes de l'ennemi, qu'on voyait scintiller dans les ténèbres.

Sur toute la ligne, de la droite à la gauche, avait éclaté une fusillade continue, par salves courtes et rapides du côté des soldats, par un tir continuel, irrégulier du côté des paysans.

À l'autre aile, nos quatre canons avaient été mis en position, et nous entendions leur sourd et lointain grondement.

—Chantez, frères, chantez, cria notre intrépide chapelain, Maître Josué Pettigrue, courant fort affairé, en tous sens, par les rangs couchés. Invoquez le Seigneur en notre jour d'épreuve!

Les hommes entonnèrent un hymne sonore de louanges qui devint bientôt un chœur unanime, quand s'y ajoutèrent les voix des bourgeois de Taunton à notre droite et des mineurs à notre gauche.

À ce chant, les soldats de l'autre bord répondirent par des cris farouches et l'air s'emplit de clameurs.

Nos mousquetaires avaient été amenés au bord même du Rhin de Bussex.

Les troupes royales s'étaient rapprochées de leur côté autant qu'elles avaient pu le faire, si bien qu'il n'y avait pas cinq longueurs de pique entre les deux lignes.

Et pourtant si infranchissable était cette étroite séparation qu'un quart de mille ne nous eut pas tenus plus à l'écart, excepté que le feu était plus meurtrier.

Nous étions si rapprochés que les bourres enflammées des mousquets de l'ennemi volaient en langues de feu par-dessus nos têtes et que nous sentions sur nos figures un courant d'air chaud passer rapidement à chacune de leurs décharges.