Et Monmouth passa à cheval dans nos rangs, la tête nue, les yeux hagards, accompagné de Buyse, de Wade et d'une demi-douzaine d'autres.
Ils s'arrêtèrent à une longueur de pique de moi, et Saxon, jouant de l'éperon pour les rejoindre, leva son épée pour saluer.
Je ne pus m'empêcher de remarquer le contraste que faisait la mine calme et grave du vétéran, réfléchi en même temps que plein de vivacité, avec l'air à moitié égaré de l'homme que nous étions contraints de considérer comme notre chef.
—Qu'en pensez-vous, Colonel Saxon? cria-t-il d'une voix éperdue. Comment marche la bataille? Tout va-t-il bien de votre côté? Quelle erreur, hélas! quelle erreur I Allons-nous battre en retraite? Qu'en dites-vous?
—Nous tenons ferme ici, Majesté, répondit Saxon. M'est avis que si nous avions quelque chose dans le genre des palissades, des chevaux de frise, à l'espagnole, nous pourrions tenir tête même à la cavalerie.
—Oh! la cavalerie! s'écria l'infortuné Monmouth. Si nous nous tirons d'ici, Lord Grey aura des comptes à rendre. Elle s'est sauvée comme un troupeau de mouton. Quel chef pourrait tirer un parti quelconque de pareilles troupes? Ah! malheur! malheur! Ne marcherons-nous pas en avant?
—Il n'y a aucune raison pour avancer, Majesté, maintenant que la surprise a échoué, dit Saxon. J'ai envoyé chercher des charrettes pour faire un pont sur la tranchée, conformément au plan qui est recommandé dans le traité De Vallis et fossis, mais elles sont inutiles pour le moment. Nous ne pouvons que combattre dans la position où nous sommes.
—Jeter des troupes de l'autre côté, ce serait les sacrifier, dit Wade. Nous avons fait de grosses pertes, mais d'après le coup d'œil que présente le bord opposé, je trouve que vous avez arrangé proprement les habits rouges.
—Tenez ferme, au nom de Dieu, tenez ferme! cria Monmouth, d'un ton d'affolement. La cavalerie a fui, l'artillerie aussi. Oh! que faire avec de pareilles gens? Que dois-je faire, hélas! hélas!
Il éperonna son cheval et partit au galop le long de la ligne continuant à se tordre les mains et à pousser ses lugubres lamentations.