On ne recourut point au pistolet d'un côté ni de l'autre: ce fut une franche lutte épée contre épée.
Le caporal me lançait sans trêve des coups de pointe, tantôt à la figure, tantôt au corps, en sorte que je n'avais point l'occasion de donner un de ces vigoureux coups de taille qui eussent terminé l'affaire.
Nos chevaux tournaient autour l'un de l'autre mordaient, battaient des pieds pendant que nous nous donnions, que nous parions les coups.
Enfin nous nous trouvâmes côte à côte, à une longueur d'épée d'intervalle, et nous nous prîmes mutuellement à la gorge. Il tira un poignard de sa ceinture et m'en frappa au bras gauche, mais je lui lançai de mon poignet ganté de fer un coup qui le fit tomber de cheval et l'étendit sans mouvement sur le sol.
Presque en même temps le cornette, blessé en maints endroits, vida les arçons.
Saxon mit vivement pied à terre, ramassa le poignard que le soldat avait lâché et se disposait à les achever l'un et l'autre, quand je mis aussi pied à terre et l'en empêchai.
Il se tourna vers moi avec la promptitude de l'éclair, d'un air si féroce que je ne pus voir la bête sauvage qui était en lui entièrement réveillée.
—De quoi te mêles-tu? gronda-t-il. Laisse-moi faire.
—Non, non, assez de sang versé, dis-je. Laissez-les à terre.
—Est-ce qu'ils auraient eu quelque pitié pour nous, cria-t-il avec emportement et se débattant pour dégager son poignet. Ils ont perdu la partie. Il faut qu'ils paient.