La nuit venait déjà, mais quelques lampes aux faibles lueurs, suspendues çà et là aux murs, jetaient une incertaine et vacillante clarté sur la scène.

Une centaine au moins de prisonniers étaient épars sur le sol dallé, beaucoup d'entre eux, blessés, et quelques-uns évidemment près de mourir.

Les hommes indemnes s'étaient réunis en groupes silencieux et discrets autour de leurs amis souffrants, et faisaient de leur mieux pour soulager leurs peines.

Plusieurs avaient même ôté la plus grande partie de leurs vêtements pour en faire des couchettes et en couvrir les blessés.

Çà et là on discernait dans l'ombre les noires silhouettes de gens agenouillés, et l'on entendait résonner sous les ailes le bruit rythmé de leurs prières, coupées de temps à autre d'une plainte, d'un souffle pénible, étranglé, celui de quelque pauvre malade qui luttait pour respirer.

La lueur vague, jaune, tombant sur les faces graves, tirées, sur les corps en haillons salis de boue, eussent inspiré le talent d'un de ces peintres des Pays-Bas dont je vis plus tard les tableaux à la Haye.

Le jeudi matin, troisième jour après la bataille, nous fûmes tous conduits à Bridgewater, et enfermés jusqu'à la fin de la semaine dans l'église de Sainte-Marie, la même du haut du clocher de laquelle Monmouth et ses officiers avaient examiné la position de l'armée de Feversham.

Plus nous entendions parler du combat par les soldats et d'autres plus il paraissait évident que notre attaque de nuit avait eu toutes les chances de réussir.

Feversham n'avait évité presque aucune des fautes que peut commettre un général.

Il avait jugé son adversaire trop à la légère, et laissé son camp entièrement exposé à une surprise.