Il fut traîné, amaigri, non rasé, et tremblant, hors d'un champ de haricots où il avait cherché un abri, et conduit à Ringwood, dans le Hampshire.

Des rumeurs étranges nous parvinrent au sujet de son attitude, rumeurs que nous connûmes par les grossières plaisanteries de nos gardiens.

Certains dirent qu'il s'était traîné aux genoux des rustres qui l'avaient pris.

D'après d'autres, il avait écrit au Roi, en lui offrant de faire tout et même de jeter par-dessus bord la cause protestante, afin de sauver sa tête de l'échafaud[4].

Nous rîmes alors de ces histoires, en les traitant d'inventions de nos ennemis.

En outre, il paraissait impossible qu'en un temps où les partisans lui montraient un attachement si ferme et si loyal, lui qui les avait conduit et sur qui étaient fixés les yeux de tous, montrât moins de courage que n'en témoigne le moindre petit tambour qui marche à pas menus en tête de son régiment sur le champ de bataille.

Hélas, le temps nous prouva que ces histoires-là étaient vraies, et qu'il n'y avait aucun abîme d'infamie où ce malheureux fût prêt à descendre dans l'espoir de prolonger de quelques années une vie qui avait été une malédiction pour un si grand nombre de ceux qui l'avaient suivi.

Aucune nouvelle bonne ou mauvaise au sujet de Saxon ne vint m'encourager à espérer qu'il avait trouvé un endroit où se mettre en sûreté.

Ruben était toujours confiné au lit par sa blessure; il recevait les soins et la protection du Major Ogilvy.

Ce bon gentleman vint me voir plus d'une fois et s'efforça d'améliorer ma situation, jusqu'au jour où je lui fis entendre combien il m'était pénible de me voir traiter autrement que les braves garçons avec qui j'avais partagé les périls de la campagne.