—Ce sont des paysans innocents, mylord, et qui aiment Dieu et le Roi. Ils ne se sont mêlés en aucune façon dans cette récente affaire. Ils ont été traînés hors de leur maison, mylord, non point parce qu'on les soupçonnait, mais parce qu'ils étaient hors d'état de satisfaire la rapacité de certains simples soldats qui, déçus dans leur espoir de butin...

—Oh! honte! honte! cria Jeffreys d'une voix tonnante, trois fois honte! Maître Helstrop, ne vous suffit-il pas de soutenir des rebelles, et faut-il encore que vous sortiez de votre sujet pour calomnier les troupes du Roi? Où en vient le monde? En un mot, qu'allèguent ces coquins pour leur défense?

—Un alibi, Votre Seigneurerie!

—Ha! L'argument connu de tous les gredins. Ont-ils des témoins?

—Nous avons ici une liste de quarante témoins, Votre Seigneurerie. Ils attendent en bas. Beaucoup d'entre eux ont fait un long trajet, se sont exposés à bien de la peine, à des ennuis.

—Que sont-ils? Qui sont-ils? cria Jeffreys.

—Ce sont des gens de la campagne, Votre Seigneurerie, des cultivateurs, des fermiers, les voisins de ces pauvres gens, qu'ils connaissaient bien, et qui peuvent parler de ce qu'ils ont fait.

—Des cultivateurs, des fermiers, cria le juge à tue-tête, mais alors ils appartiennent à la même classe que ces hommes-là. Voudriez-vous que nous acceptions le serment de ces gens-là, qui sont eux-mêmes des Whigs, des Presbytériens, des prêcheurs, des camarades de taverne de ceux que nous sommes en train de juger? Je parie qu'ils ont concerté cela à loisir tout en buvant leur bière. À loisir, à loisir, les coquins.

—Ne voulez-vous pas entendre les témoins, Votre Seigneurie? s'écria notre avocat, rappelé à un faible sentiment d'énergie par cet outrage.

—Pas un mot d'eux, monsieur, dit Jeffreys. Je me demande si mon devoir envers le Roi, mon bon maître,—écrivez «bon maître» greffier,—ne m'autorise pas à faire asseoir tous vos témoins sur la sellette comme complices et fauteurs de trahison.