S'il avait compté voir un œil se mouiller, une lèvre trembler, cette satisfaction lui était refusée.

—Si j'étais libre d'agir, dit-il, pas un de vous n'échapperait à la corde. Oui, et si j'étais libre d'agir, certains dont l'estomac est trop délicat pour cette besogne et qui prétendent servir le Roi du bout des lèvres, tout en intercédant pour ses pires ennemis, auraient eux-mêmes de quoi garder un souvenir des assises de Taunton. Oh! les plus ingrats des rebelles! N'avez-vous pas entendu comme quoi votre très tendre et très miséricordieux monarque, le meilleur des hommes (greffier; mettez cela par écrit) cédant à l'intercession de ce grand et charitable homme d'état, Lord Sunderland, (greffier, écrivez cela) a pitié de vous. Cela ne vous a-t-il pas amollis? Cela ne vous a-t-il pas inspiré l'horreur de vous-mêmes? Je le déclare, quand j'y songe...

...Et sur ces mots, la respiration lui manqua tout à coup.

Il éclata en sanglots, les larmes ruisselèrent sur ses joues...

—... Quand j'y songe, à cette patience chrétienne, à cette ineffable miséricorde, je me sens contraint d'évoquer en mon esprit ce Grand Juge devant lequel nous tous, et même moi, nous aurons un jour à rendre nos comptes. Faut-il recommencer greffier, ou bien est-ce déjà écrit?

—C'est écrit, Votre Seigneurie.

—Alors écrivez en marge: «sanglots.» Il est bon que le Roi soit instruit de notre opinion en pareille matière. Sachez donc, vous les rebelles les plus perfides et les plus dénaturés, que ce bon père, que vous avez repoussé du talon, est venu s'interposer entre vous et les lois offensées par vous. Sur son ordre, j'écarte de vous le châtiment que vous avez mérité. Si vraiment vous êtes capables de prier, si vos conciliabules mortels pour l'âme n'ont pas chassé de vous toute grâce, tombez à genoux, et exprimez votre gratitude en apprenant de moi qu'il vous est accordé à tous un pardon entier.

Alors le juge se leva de son siège, comme s'il allait descendre du tribunal, et nous échangeâmes des regards stupéfaits sous l'impression de ce dénouement si inattendu du procès.

Les soldats et les gens de loi ne furent pas moins ébahis, pendant qu'un murmure de joie et d'approbation se faisait entendre, parmi les quelques campagnards qui avaient eu la hardiesse de s'aventurer dans cette enceinte maudite.

—Toutefois, reprit Jeffreys, en se tournant, un malicieux sourire sur les lèvres, ce pardon est subordonné à certaines conditions et réserves. Vous serez tous conduits d'ici à Poole, enchaînés, et vous y trouverez un navire qui vous attend. Vous serez enfermés avec d'autres dans la cale dudit navire et transportés aux frais du Roi dans les Plantations, pour y être vendus comme esclaves. Puisse Dieu vous donner des maîtres qui sachent faire un usage libéral du bâton et du cuir pour amollir vos esprits obstinés et vous porter à de meilleures pensées.