Trois jours après notre procès, nous fûmes alignés dans la rue du Nord, devant le château, avec des hommes venus d'autres prisons et qui devaient partager notre sort.

Nous étions placés sur quatre de front et une corde réunissait chaque rang au suivant.

Je comptai cinquante de ces rangs, ce qui porterait notre total à deux cents.

De chaque côté marchaient des dragons. Nous avions devant et derrière nous des compagnies de mousquetaires pour empêcher toute tentative d'attaque ou d'évasion.

Nous partîmes ainsi rangés le dix septembre, au milieu des larmes et des gémissements des gens de la ville, parmi lesquels beaucoup voyaient leurs fils ou leurs frères en route pour l'exil sans pouvoir échanger avec eux un dernier mot, une étreinte.

Quelques-uns de ces pauvres gens, des vieux tout ridés, au chef branlant, des femmes décrépites, marchèrent péniblement pendant des milles à notre suite sur la grande route, jusqu'au moment où l'infanterie de l'arrière-garde fit volte-face de leur côté et les chassa avec des jurons et des coups de leurs baguettes de fusil.

Ce jour-là, nous passâmes par Yeovil et Sherborne.

Le lendemain, on traversa les Dunes du Nord jusqu'à Blandford, où nous fûmes parqués ensemble comme des bestiaux et laissés là pendant la nuit.

Le troisième jour, nous reprîmes notre marche à travers Wimborne et une série de jolis villages du Comté de Dorset, les derniers villages anglais que devaient voir la plupart d'entre nous pour bien des longues années.

À une heure avancée de l'après-midi, nous vîmes apparaître les vergues et les agrès des navires dans le Port de Poole.