Arrivés là, nous fûmes conduits dans un étroit corridor, sur chaque côté duquel s'ouvraient les compartiments qui nous étaient destinés.

À mesure qu'un homme se trouvait devant, celui qui lui était réservé, il y était poussé par le vigoureux lieutenant, et fixé au plancher par des entraves aux chevilles que mettait en place l'armurier du bord.

Il faisait nuit quand nous fûmes tous enchaînés, mais le capitaine fit une ronde avec une lanterne pour s'assurer que sa propriété était en parfaite sûreté.

Je pus l'entendre, ainsi que le lieutenant, calculer la valeur de chaque prisonnier et compter ce qu'il en tirerait sur le marché des Barbades.

—Leur avez-vous servi leur fourrage, Jim? demanda-t-il en mettant sa lanterne successivement dans chaque compartiment. Vous êtes-vous assuré qu'ils ont eu leur ration?

—Un pain d'avoine et une pinte d'eau, répondit le lieutenant.

—Une duchesse s'en contenterait, par ma foi, s'écria le capitaine. Regardez-moi celui-ci, Jim. Regardez-moi ses grandes mains: il pourrait travailler des années dans les rizières, avant que les crabes de terre viennent le dévorer.

—Oui, nous aurons une belle vente aux enchères chez les colons pour cet assortiment. Par Dieu! Capitaine, vous avez fait là une fameuse affaire. Morbleu, vous avez roulé ces gens de Londres de la belle manière.

—Qu'est-ce que cela? hurla le capitaine. En voici un qui n'a pas touché à sa ration? Ah! ça, mon homme, est-ce que vous auriez l'estomac trop délicat pour manger ce que d'autres ont trouvé bon, qui valaient mieux que vous.

—Je n'ai pas le cœur à manger, monsieur, répondit le prisonnier.