—J'ai un ou deux mots à vous dire sur le pont, fit Saxon.
Il sortit de la cabine, et je le suivis jusqu'au bout de la poupe, où nous restâmes debout adossés aux bastingages.
Les lumières s'étaient éteintes l'une après l'autre dans la ville, en sorte que l'océan noir battait contre le rivage plus noir encore.
—Vous n'avez pas à vous tourmenter au sujet de l'avenir des prisonniers, dit-il en me parlant tout bas. Ils ne partiront pas pour les Barbades, et ce capitaine, à l'âme aussi dure qu'un caillou n'aura pas à les vendre, malgré toute la certitude qu'il en a. S'il peut se tirer d'affaire en sauvant sa peau, il aura plus de chance que je ne crois. Il a sur son bord un homme qui ne ferait pas plus de façon que moi pour lui donner une poussée par-dessus bord.
—Que voulez-vous dire, Saxon? m'écriai-je.
—Avez-vous jamais entendu parler d'un certain Hector Marot?
—Hector Marot? Oui, certes, je le connais fort bien. C'était un détrousseur de grand chemin sans doute, mais avec cela un gaillard d'une énergie terrible, et un bon cœur sous l'habit d'un voleur.
—Lui-même. C'est, comme vous le dites, un homme énergique, et un sabreur résolu, bien que, d'après ce que j'ai vu de son jeu, il soit faible dans les coups de pointe, et qu'il ait une préférence exagérée pour les coups de taille et n'attache pas assez d'importance à la pointe. En quoi il ne fait pas assez grand cas de l'opinion et de l'enseignement des escrimeurs les plus remarquables de l'Europe. Bah! Bah! les gens diffèrent d'avis sur ce point comme sur bien d'autres.
Pourtant il me semble que j'aimerais mieux être emporté du terrain de combat, après m'être servi de mon arme secundum artem que de le quitter sans une égratignure après avoir enfreint les lois de l'escrime. Quarto, tierce, seconde, voilà ce que je dis, et au diable vos estramaçons et vos passades.
—Mais il s'agit de Marot, dis-je avec impatience.