Marot n'a qu'à descendre au milieu d'eux, par une nuit noire, à les débarrasser de leurs entraves, à leur mettre en main quelques armes à feu, quelques gourdins.

Ho! Ho! Micah, qu'en dites-vous?

Les planteurs feront bien de cultiver leurs terres eux-mêmes, s'ils n'ont à compter en cette occurrence que sur les bras des campagnards de l'Ouest.

—En effet, c'est un plan bien conçu, dis-je. C'est malheureux, Saxon, qu'avec votre ingéniosité, votre esprit inventif, vous n'ayez pas un champ d'action honorable. Vous êtes, je le sais bien, aussi capable de commander des armées, d'organiser des campagnes qu'aucun de ceux qui jamais portèrent une épée.

—Regardez par-là, dit tout bas Saxon, en me saisissant par le bras. Voyez-vous l'endroit que la lune éclaire, à côté de l'écoutille. N'apercevez-vous pas cet homme de petite taille, trapu, qui est debout, seul perdu dans ses pensées, la tête inclinée sur sa poitrine? C'est Marot.

Je vous l'affirme, si j'étais le capitaine Pogram, j'aimerais mieux avoir pour premier lieutenant, pour camarade de lit le diable en personne, cornes, sabots, et queue, plutôt que d'avoir cet homme, à bord de mon navire. Vous n'avez pas de sujet de vous tourmenter en ce qui regarde les prisonniers, Micah. Leur avenir est décidé.

—Alors, Saxon, répondis-je, il ne me reste plus qu'à vous remercier et à accepter ces moyens de salut que vous avez mis à ma portée.

—Voilà qui est parler en homme, dit-il. Y a-t-il encore autre chose que je puisse faire pour vous en Angleterre? Et pourtant, par la Messe, il pourrait bien se faire que je n'y reste pas bien longtemps, car, à ce que j'ai appris, on doit me confier le commandement d'une expédition qu'on prépare contre les Indiens qui ont ravagé les plantations de nos colons.

Ce sera une bonne affaire que d'obtenir un emploi profitable, car je n'ai jamais vu une guerre pareille, où l'on n'a pu ni se battre, ni piller. Je vous en donne ma parole, c'est à peine si j'ai eu quelque argent entre les mains depuis qu'elle a commencé. Quand il s'agirait de mettre Londres à sac, je ne voudrais pas la recommencer.

—Il y a une personne amie que Sir Gervas Jérôme a recommandée à mes soins, fis-je remarquer, mais j'ai déjà pourvu à ce qu'il désirait. Il ne me reste rien qu'à faire savoir à tous les gens de Havant qu'un Roi qui a prodigué le sang de ses sujets, comme l'a fait celui que nous avons, n'est pas destiné, selon toute vraisemblance, à posséder bien longtemps le trône d'Angleterre. Lorsqu'il tombera, je reviendrai, et plutôt peut-être qu'on ne le croit.