Le commandement de cette petite expédition fut confié au Major Hooker, vieux soldat des Gardes du Corps, au langage grossier et bref, qui s'était rendu utile en imposant une sorte d'ordre à ces fortes têtes qu'étaient les fermiers et les yeomen.
Sir Gervas Jérôme et moi, nous demandâmes à Lord Grey à faire partie de la troupe de fourrageurs.
Cette faveur nous fut accordée avec empressement, car on ne se remuait guère dans la ville.
Nous partîmes de Bridgport à onze heures par une nuit sans lune, dans l'intention de reconnaître le pays du côté de Boroughbridge et d'Athelney.
Nous étions prévenus qu'il n'y avait pas de grandes forces ennemies dans cette région, que c'était un pays fertile et où nous pouvions compter sur des quantités suffisantes de provisions.
Nous emmenions avec nous quatre charrettes vides, pour emporter ce que notre bonne chance nous ferait trouver.
Notre commandant décida qu'un escadron marcherait devant les charrettes, et un autre derrière, avec une petite troupe d'avant-garde sous les ordres de Sir Gervas, qui le précéderait de quelques centaines de pas.
Nous sortîmes de la ville dans cet ordre au moment où résonnaient les derniers coups de clairon et nous suivîmes à grand train les routes sombres et silencieuses, en faisant apparaître aux fenêtres des cottages, qui bordaient les chemins, des figures anxieuses, qui nous regardaient disparaître dans l'obscurité.
Cette chevauchée se représente très distinctement à mon esprit lorsque j'y pense.
Le noir contour des saules taillés en têtards passe rapidement devant nous.