—Eh bien non, gentilshommes, répondit-il en s'asseyant sur la table et balançant sans façons ses jambes, puisque vous en savez aussi long, ce serait sottise de ma part que de vouloir vous tromper. Je suis, en effet, ce même Hector Marot, dont le nom répand la terreur sur la grande route de l'Ouest et qui a vu plus qu'aucun homme du Sud l'intérieur des prisons.
Toutefois je puis vous le dire avec franchise, bien que je fasse les grandes routes depuis dix ans, jamais je n'ai pris un denier à de pauvres gens, ni fait du mal à quiconque ne cherchait point à m'en faire. Au contraire, j'ai souvent risqué ma vie et mes membres pour tirer les gens de danger.
—Nous sommes en mesure de vous rendre témoignage de cela, répondis-je, car si ces quatre habits rouges ont expié leurs crimes, comme ils le méritaient, c'est grâce à vous plutôt qu'à nous.
—Non, je n'ai pas grand mérite à revendiquer pour cela, répondit notre nouvelle connaissance. La vérité, c'est que j'avais d'autres comptes à régler avec la cavalerie du colonel Kirke et que j'ai été charmé de cette occasion de me frotter à eux.
Pendant que nous causions, les hommes, que nous avions laissés avec les chevaux, vinrent accompagnés de plusieurs fermiers et métayers des environs.
Ils furent épouvantés à la vue du carnage, et fort inquiets de la vengeance que pourraient en tirer le lendemain les troupes royales.
—Au nom du Christ, monsieur, s'écria l'un d'eux, un vieux paysan à figure rougeaude, portons les cadavres de ces soldats sur la route, pour qu'ils aient l'air d'avoir péri dans une rencontre fortuite avec vos hommes. Si l'on venait à savoir qu'ils ont été tués dans une ferme, il ne resterait pas un toit de chaume en place dans tout le pays, car même maintenant on ne saurait croire combien nous avons de mal à empêcher ces diables de Tanger de nous couper la gorge.
—Sa demande est raisonnable, dit l'homme des grands chemins d'un ton de franchise bourrue. Nous n'avons aucunement le droit de faire nos farces et de faire payer l'écot aux autres.
—Eh bien, écoutez, dit Sir Gervas, s'adressant au groupe de paysans effrayés, je vais faire marché avec vous au sujet de l'affaire. Nous sommes venus pour chercher des vivres et on n'admettra guère que nous rentrions les mains vides.
Si vous consentez, entre vous tous, à nous fournir un char, à le remplir de pain, ainsi que de légumes, avec une douzaine de jeunes bœufs par-dessus le marché, non seulement nous vous délivrerons du souci de cette affaire, mais encore je vous promets que vous serez payés au prix ordinaire du marché, si vous venez chercher votre argent au camp protestant.