Nos hommes avaient été laissés libres.

Ils étaient éparpillés sur l'herbe, essayant d'allumer des feux avec du bois mouillé ou mettant leurs habits à sécher au soleil.

C'était là une troupe bien étrange à voir.

Ils étaient cuirassés de boue de la tête aux pieds.

Leurs chapeaux ramollis s'étaient déformés, leurs armes rouillées, leurs bottes si usées que beaucoup marchaient nu-pieds, et que d'autres avaient roulé leurs mouchoirs autour de leurs pieds.

Et pourtant leur court passage par la vie militaire avait fait de ces rustres aux bonnes figures, des gaillards aux regards farouches, à moitié rasés, aux joues creuses, sachant «présenter armes» ou «mettre la pique sur l'épaule», comme s'ils n'avaient fait que cela depuis leur enfance.

Les officiers ne se trouvaient pas mieux partagés que les hommes.

D'ailleurs, mes chers enfants, nul officier, quand il est de service, ne s'abaisserait à se procurer un confortable que tous ne pourraient point partager avec lui.

Il doit prendre place au feu du bivouac, partager l'ordinaire du soldat, ou bien tout laisser-là, car il est un embarras, une pierre d'achoppement.

Nos habits étaient en bouillie, nos cuirasses rougies par la rouille, nos chevaux aussi tachés, aussi éclaboussés que s'ils s'étaient roulés dans la vase.