Si Derrick tentait de porter nos plans à Feversham, on pourrait lui couper la route à cet endroit-là, au moyen d'un poste mis à l'affût pour l'attendre.

—Excellent, parfait! s'écria Saxon quand je lui eus fait connaître ce projet. Mon érudit Flamand lui-même n'eût point inventé une pareille ruse de guerre. Emmenez autant de pelotons que vous le croirez nécessaire sur ce point, et je ferai en sorte que Maître Derrick soit convenablement amorcé en fait de nouvelles pour Mylord Feversham.

—Non, dit Ruben, une troupe qui sortirait mettrait toutes les langues en mouvement. Pourquoi n'irions-nous pas, Micah et moi?

—En effet, cela vaudrait mieux, répondit Saxon, mais il faut engager votre parole que, quoi qu'il arrive, vous serez de retour avant le coucher du soleil, car vos hommes doivent être sous les armes une heure avant l'ordre de marcher.

Nous nous empressâmes de faire la promesse demandée.

Puis, nous étant assurés que Derrick était bien revenu au camp, Saxon s'arrangea de façon à laisser échapper devant lui quelques mots relativement à nos plans pour la nuit, pendant que nous nous rendions en hâte à notre poste.

Quant à nos chevaux, nous les laissâmes derrière nous.

Puis, nous franchîmes à la dérobée la porte de l'est, nous cachant de notre mieux, jusqu'au moment où nous fûmes sur la route déserte et nous nous trouvâmes devant la maison.

C'était un cottage simple, blanchi à la chaux, à toiture de chaume.

Au-dessus de la porte, un petit écriteau informait que la fermière vendait du lait et du beurre.