Un grand miroir à main était posé contre le mur, entre deux chandelles allumées.

Devant lui, le baronnet, dont la belle et pâle figure avait une expression des plus sérieuses, des plus solennelles, arrangeait une cravate blanche de berdash.

Ses bottes de cheval reluisaient du plus bel éclat et la couture rompue avait été refaite.

Son baudrier, sa cuirasse, ses courroies, tout était propre et brillant.

Il avait revêtu son costume le plus pimpant, le plus neuf, et avant tout il avait arboré une très noble et très imposante perruque entière, dont les boucles retombaient sur ses épaules.

Depuis son coquet chapeau de cavalier jusqu'à ses éperons brillants, il n'avait pas sur lui un atome de poussière, pas une tache, ce qui contrastait fâcheusement avec mon aspect, car j'étais encore tout couvert d'une croûte épaisse laissée par la vase des marais de Sedgemoor, et les courses à cheval et la besogne faite, pendant ces deux jours sans trêve ni repos, avaient complété le désordre de ma toilette.

—Qu'on me coupe en deux, si vous n'êtes pas venu au bon moment! s'écria-t-il dès mon entrée. Je viens d'envoyer en bas l'ordre de me monter un flacon de vin des Canaries. Ah! le voilà arrivé.

À ce moment-là, une servante de l'hôtellerie entrait d'un pas menu avec la bouteille et les verres.

—Voici une pièce d'or, ma belle enfant. C'est bien la dernière qui me reste au monde, la seule survivante d'une assez belle famille. Payez le vin à l'hôtelier, ma petite, et gardez la monnaie. Vous vous en achèterez des rubans pour la fête prochaine. Que le diable m'emporte, je n'arrive pas à arranger cette cravate sans qu'elle fasse des plis!

—Il n'y a rien qui aille de travers, répondis-je. Comment peut-on s'occuper de pareilles bagatelles en un moment comme celui-ci?