Une lune froide et claire brillait sur nous entre des nuages laineux, qui de temps à autre passaient sur elle.

Bien loin vers le nord, de tremblants rayons de lumière papillotaient au ciel, allaient et venaient comme de longs doigts fiévreux.

C'était une aurore boréale, un spectacle qui se voit rarement dans les comtés du Sud.

Il n'est donc guère étonnant qu'en un moment pareil les fanatiques le fissent remarquer en l'interprétant comme un signe venu de l'autre monde, en le comparant à la colonne de feu qui guidait Israël à travers les périls du désert. Les trottoirs et les fenêtres étaient encombrés de femmes et d'enfants qui jetaient des exclamations aiguës de crainte ou d'étonnement, selon que l'étrange lueur croissait ou s'effaçait.

—C'est pour dix heures et demie sonnant à l'horloge de Saint-Marc, dit Saxon, pendant que nous rejoignions à cheval le régiment. N'avons-nous rien à donner aux hommes?

—Il y a un tonneau de cidre de Zoyland dans la cour de cette hôtellerie, dit Sir Gervas. Ohé! Dawson. Prenez-moi ces agrafes de manche en or et donnez-les en échange à monsieur l'hôtelier. Je veux être pendu, s'ils vont au combat avec de l'eau claire dans le corps.

—Ils en sentiront le besoin avant que le matin se lève, dit Saxon, pendant qu'une vingtaine de piquiers couraient à l'hôtellerie. L'air des marais a pour effet de glacer le sang.

—J'ai déjà froid, et Covenant bat des pieds pour la même raison, dis-je. Ne pourrions-nous pas, si nous en avons le temps promener nos chevaux au trot le long des lignes?

—Certainement, répondit Saxon avec joie, nous ne pouvons rien faire de mieux.

Aussi donc, agitant les rênes, nous partîmes, les fers des chevaux tirant des étincelles des pavés en silex, sur notre route.