—Et après? dit le lieutenant, donnant quelques indices d’une rechute. Je suppose que le plus favorisé l’emportera, et que la jeune personne est parfaitement en état de faire elle-même son choix. Vous ne vous attendez pas, n’est-ce pas, à ce que je me retire de la course, uniquement parce que vous tenez à gagner le prix?

—C’est bien cela, s’écria Sol, il faudra que l’un de nous deux se retire. Vous avez émis la bonne idée. Vous voyez, Nelly, miss Montague veux-je dire, vous aime mieux que moi, autant que je puis voir, mais elle m’aime encore assez pour ne pas vouloir m’affliger par un refus formel.

—L’honnêteté m’oblige à reconnaître, dit Jack d’un ton plus conciliant que celui donc il avait parlé jusqu’alors, que Nelly, miss Montague, veux-je dire, vous aime mieux que moi, mais que, néanmoins, elle m’aime encore assez pour ne pas préférer mon rival ouvertement, en ma présence.

—Je ne suis pas de votre avis, dit l’étudiant. À vrai dire, je crois que vous vous trompez, car elle me l’a dit en propres termes. Toutefois, ce que vous dites nous permettra d’arriver plus facilement à nous entendre. Il est parfaitement évident que tant que nous nous montrerons également amoureux d’elle, aucun de nous deux ne peut avoir le moindre espoir de faire sa conquête.

—Il y a quelque bon sens dans cela, dit le lieutenant, d’un air réfléchi, mais que proposez-vous?

—Je propose que l’un de nous se retire, pour employer votre expression. Il n’y a pas d’autre alternative.

—Mais qui devra se retirer? demanda Jack.

—Ah! voilà la question.

—Je puis alléguer que je la connais depuis plus longtemps.

—Je puis alléguer que j’ai été le premier à l’aimer.