J’avais appris de John que les antécédents de Copperthorne n’étaient pas des meilleurs, et pourtant il avait évidemment conquis une influence énorme sur l’esprit affaibli de son maître.

Je m’expliquais ce fait, en remarquant la peine infinie, qu’il prenait pour se dévouer au dada du vieillard, et le tact consommé avec lequel il flattait et encourageait les singulières lubies poétiques de celui-ci.

Mais comment m’expliquer l’influence non moins évidente dont il jouissait sur la gouvernante?

Elle n’avait pas de marotte qu’on pût flatter.

Un amour mutuel eût pu expliquer le lien qui existait entre elle et lui, mais mon instinct d’homme du monde et d’observateur de la nature humaine me disait de la façon la plus claire qu’un amour de cette sorte n’existait pas.

Si ce n’était point l’amour, il fallait que ce fût la crainte, et tout ce que j’avais vu confirmait cette supposition. Qu’était-il donc arrivé pendant ces deux mois qui pût inspirer à la hautaine princesse aux yeux noirs quelque crainte au sujet de l’Anglais à figure pâle, à la voix douce et aux manières polies?

Tel était le problème que j’entrepris de résoudre en y mettant une énergie, une application qui tuèrent mon ardeur pour l’étude et me rendirent inaccessible à la crainte que devait m’inspirer mon examen prochain.

Je me hasardai à aborder le sujet dans l’après-midi de ce même jour avec miss Warrender, que je trouvai seule dans la bibliothèque, les deux bambins étant allés passer la journée dans la chambre d’enfants chez un squire[1] du voisinage.

—Vous devez vous trouver bien seule quand il n’y a pas de visiteurs, dis-je. Il me semble que cette partie du pays n’offre pas beaucoup d’animation.

—Les enfants sont toujours une société agréable, répondit-elle. Néanmoins je regretterai beaucoup M. Thurston et vous-même, quand vous serez parti.