—Oh non! dit-elle avec vivacité, en hâtant le pas. Allons, allons!

Ce fut certainement une chose curieuse qui s’offrit à notre vue quand nous eûmes rejoint le petit cercle de campagnards.

J’eus aussitôt présente à la mémoire la description du Malais mangeur d’opium que De Quincey vit dans une ferme d’Écosse.

Au centre de ce groupe de simples paysans du Yorkshire, se tenait un voyageur oriental de haute taille, au corps élancé, souple et gracieux; ses vêtements de toile salis par la poussière des routes et ses pieds bruns sortant de ses gros souliers.

Évidemment, il venait de loin et avait marché longtemps.

Il tenait à la main un gros bâton, sur lequel il s’appuyait, tout en promenant ses yeux noirs et pensifs dans l’espace, sans avoir l’air de s’inquiéter de la foule qui l’entourait.

Son costume pittoresque, avec le turban de couleur qui couvrait sa tête à la teinte basanée, produisait un effet étrange et discordant en ce milieu prosaïque.

—Pauvre garçon! me dit miss Warrender d’une voix agitée et haletante. Il est fatigué. Il a faim, sans aucun doute, et il ne peut faire comprendre ce qu’il lui faut. Je vais lui parler.

Et, s’approchant de l’Hindou, elle lui adressa quelques mots dans le dialecte de son pays.

Jamais je n’oublierai l’effet que produisirent ces quelques syllabes.