S’il était silencieux lorsqu’il se trouvait avec elle, il se montrait prodigue de paroles, lorsqu’il était question d’elle dans la conversation.
S’il y avait des flâneurs sur la route de Buckhurst, ils purent entendre au haut de la côte une voix de stentor lançant à toute volée un chapelet des charmes féminins.
Il soumit ses embarras à l’intelligence supérieure du patron.
—Ce fainéant de Rochdale, disait-il, on dirait que ça lui est naturel de dégoiser ainsi. Quant à moi, quand il s’agirait de ma vie, je ne trouve pas un mot. Dites-moi, patron, qu’est-ce que vous diriez à une demoiselle comme celle-là?
—Eh bien, je lui parlerais des choses qui l’intéressent, dit son compagnon.
—Ah! oui, voilà le difficile.
—Parlez-lui des habitudes de l’endroit et du pays, dit le patron! en aspirant d’un air méditatif une bouffée de sa pipe. Racontez-lui des histoires de ce que vous avez vu dans les mines, des choses de ce genre.
—Eh! vous feriez ça, vous? lui répondait son compagnon un peu encouragé. Si c’est de là que ça dépend, je suis son homme. Je vais aller là-bas maintenant, je lui parlerai de Chicago Bill, et je lui conterai comment il mit deux balles dans un homme, au tournant de la route, le soir du bal.
Le Patron Morgan éclata de rire:
—Ce ne serait guère à propos, dit-il. Si vous lui racontiez cela, vous lui feriez peur. Dites-lui quelque chose de plus léger, voyez-vous, quelque chose qui l’amuse, quelque chose de plaisant.