NICOLAS FOUCQUET


Il existe, dans notre histoire nationale, un certain nombre de faits, et souvent des plus importants, qui, bien que rapportés soit par les écrivains contemporains, soit par les historiens des siècles suivants, restent encore en quelque sorte aujourd'hui à l'état de problèmes.

Beaucoup d'entre eux ont, depuis un demi-siècle, attiré à juste titre l'attention de nos érudits qui en ont cherché et souvent trouvé avec succès la solution.

De nouvelles sources ont été livrées aux travailleurs en même temps qu'une méthode plus rationnelle ouvrait une nouvelle voie à la critique. C'est ainsi que nous avons vu tous les grands faits de notre histoire, tous les personnages de premier ordre soumis à de récentes investigations, et—chose qui ne laisse pas que d'être digne de remarque—ce ne sont pas seulement des érudits de profession qui ont entrepris ces enquêtes, ce sont des hommes qui joignent à l'étude des sources et aux qualités littéraires, des aptitudes spéciales, et qui, à ce titre, marquent ou ont marqué dans les assemblées politiques, dans les administrations publiques ou dans la direction de grandes compagnies financières ou industrielles.

Le duc de Broglie a repris, par exemple, l'étude de la diplomatie du règne de Louis XV, M. Amédée Lefèvre-Pontalis nous a initiés à la question si délicate des Révolutions des Pays-Bas, M. Pallain a dévoilé une partie des secrets que renferme la correspondance de Talleyrand, M. Vuitry s'est efforcé de faire connaître l'histoire financière du moyen âge, etc..., aujourd'hui, M. Jules Lair nous donne un travail des plus complets sur Nicolas Foucquet, le célèbre surintendant des finances, le fastueux propriétaire de Vaux, détenu, pendant les vingt dernières années de sa vie, prisonnier à la Bastille et à Pignerol[1].

Dans une introduction, adressée à un des premiers administrateurs de notre époque, le baron Haussmann, l'auteur rappelle comment, après avoir étudié l'histoire de Mademoiselle de La Vallière[2], il s'est reproché le jugement trop sévère qu'il avait été amené à porter sur Foucquet, en s'appuyant sur des opinions reçues, et, par suite de quels scrupules, il avait poursuivi, pendant près de dix ans la révision de ce procès.

Initié aux recherches historiques par cet enseignement que l'École des Chartes seule sait donner, en nous ramenant toujours aux sources, M. J. Lair, après avoir consacré de nombreuses années à l'examen de questions relatives à l'histoire du moyen âge, telles que la chronique du Dudon de Saint-Quentin et les origines de l'évêché de Bayeux, à l'étude des organisations administratives, à l'occasion de l'histoire du Parlement de Normandie pendant la Ligue, a su mettre à profit, dans son nouvel ouvrage, son expérience des affaires et les connaissances pratiques qu'il lui a été donné d'acquérir en dirigeant un de nos premiers établissements financiers et commerciaux.

Nous ne pouvons suivre pas à pas l'auteur dans ces deux gros volumes bourrés de notes et de citations et dans lesquels on trouve, non seulement la biographie de Nicolas Foucquet et l'histoire de sa famille, mais encore l'histoire financière et même politique des vingt-cinq ou trente premières années du règne de Louis XIV, ainsi qu'une série de chapitres sur des sujets spéciaux tels que la compagnie des Cent-Associés, l'origine des intendants, le contrôle des finances, et..., l'histoire du masque de fer. Aussi nous bornerons-nous à en donner un aperçu général et à glaner ensuite quelques faits, quelques anecdotes concernant notre pays et pouvant plus particulièrement intéresser les lecteurs de l'Écho de l'Oise.