Il pousse alors le coude de son compagnon, et le regarde avec le sourire de la satisfaction. Puis, s'adressant au marchand:
—Je vous en donne 1,500 francs.
—Vous ne l'aurez pas à moins de 1,800.
—En voulez-vous 1,600?
—Non, monsieur.
—Alors, rien de fait.
Et il s'en va. A peine il a fait quelques pas, qu'il dit à sa dupe: «Cela vaut au moins 10,000 francs; il ne faut pas laisser échapper une si belle occasion. Quel dommage que je me suis dégarni d'argent avant-hier. Si vous voulez avancer les 1,800 francs, vous garderez le tableau; avant un mois je suis sûr de le vendre dix mille francs, et nous partagerons.» La pauvre dupe se laisse tenter, et le tableau est porté chez elle. Pas n'est besoin de dire que le brocanteur est de complicité avec le connaisseur qui lui a quelques jours auparavant apporté le tableau, et qu'il en reçoit de la main à la main, l'argent qu'il vient d'empocher.
Plusieurs personnes ont déjà été dupes de ce moyen, et il est bon que la publicité, en éveillant l'attention sur son auteur, arrête la dangereuse extension qu'il donne chaque jour à son indigne commerce.
Nous avons cru devoir clore ce petit livre par quelques chansons faites par les détenus à diverses époques dans les prisons de Paris. Nos lecteurs apprécieront. Une seule, sous le titre du Guet des Veilleurs, n'appartient pas à cette catégorie, elle est d'un jeune poète de nos amis, qui, empruntant à M. Victor Hugo quelques renseignements dans sa Notre-Dame de Paris (chapitre Besos para golpes) fait ressortir dans ces couplets tous les ordres de l'ancienne truanderie ou royaume d'argot.