Le Père Berton a été nommé par le premier Consul recteur de l’École des arts à Compiègne. Napoléon retrouve-t-il en Italie un ancien condisciple du nom de Bouquet, il lui donne l’emploi de commissaire des guerres.

Ceux qui ont vu de ses lettres n’apprendront pas sans étonnement que Napoléon eut à Brienne un professeur d’écriture ; aussi, quand le vieux Dupré, c’était son nom, vint un jour à Saint-Cloud rappeler à l’Empereur « qu’il a eu le bonheur de lui donner pendant quinze mois des leçons d’écriture à Brienne », Napoléon ne peut s’empêcher de répondre en riant au pauvre interloqué : « Le beau f… élève que vous avez fait là ! je vous en fais mon compliment. » Après quelques paroles bienveillantes, Dupré se retira et reçut quelques jours après le brevet d’une pension de 1 200 francs.

Le Père Patrault, son professeur de mathématiques, vécut avec Napoléon en 1795, et devint un de ses secrétaires à l’armée d’Italie. Les concierges mêmes de Brienne, Hauté et sa femme, sont plus tard concierges de Malmaison, où ils finissent leurs jours.

Ces témoins du séjour à Brienne, recherchés à toutes les époques de sa carrière par le lieutenant, par le général, par le premier Consul et par l’Empereur, toujours accueillis avec un sourire aimable, réfutent, mieux qu’on ne saurait le faire, les histoires sauvages de Brienne. Napoléon n’a cependant rien oublié de cette époque : il se rappelle même que Mme de Montesson lui a posé sur le front la première couronne d’écolier ; il la fit appeler aux Tuileries et lui fit restituer ses biens confisqués.

Cette esquisse des faits relatifs à Brienne a laissé intact le caractère de l’enfant, fidèle aux conseils de sa mère, n’oubliant jamais les soucis de la nombreuse famille laissée à Ajaccio, appliqué à ses études, estimé de ses chefs, et chose plus rare, les estimant.

Après lui avoir fait passer ses examens, le 15 septembre 1783, M. le chevalier de Kéralio, maréchal de camp et sous-inspecteur des écoles royales militaires de France, crut pouvoir résumer les notes de Napoléon par ces mots : « Ce sera un excellent marin. Mérite de passer à l’école de Paris. »

Napoléon ne fut pas accepté pour la marine ; les places y étaient peu nombreuses, et elles étaient très recherchées par des élèves puissamment recommandés. Il fut donc maintenu à l’école, mais le devoir familial lui commandait de sortir de Brienne pour céder la bourse dont il était titulaire à son frère Lucien (deux frères ne pouvaient être boursiers en même temps).

Alors, Napoléon, renonçant avec regret à la marine, écrivit à son père de demander pour lui l’artillerie ou le génie.

III

Le 1er septembre 1784, Napoléon fut nommé à une place d’élève du Roi à l’École militaire de Paris. Le 17 octobre, il part pour Paris, où il est rendu le 19.