Le 9 août : « Serait-il possible de tirer parti du procès que nous avions en Toscane ? Tu devrais en prendre des renseignements ; je te ferai passer les meilleures recommandations possibles. Dépêche-toi de me demander ce que tu veux… »

Le 20 août : « Je te ferai nommer consul, et ferai nommer Villeneuve (beau-frère de Joseph) ingénieur pour aller avec moi en Turquie… »

Le 25 août : « J’espère que tu auras un consulat dans le royaume de Naples, à la paix avec cette puissance… »

Le 3 septembre : « Hier a été l’adjudication du bien que j’avais eu l’idée de te proposer à neuf lieues de Paris ; j’étais décidé à en donner 1 million 500 000 francs, mais, chose incroyable, il est monté à 3 millions… »

Le 6 septembre : « Le consulat de Chio est vacant ; mais tu me dis que tu ne voulais pas d’une île ; j’espère quelque chose de mieux en Italie… Je continuerai à rester à Paris, spécialement pour ton affaire…

« J’écris à ta femme ; je suis très content de Louis ; il répond à mes espérances et à l’attente que j’avais conçue de lui ; c’est un bon sujet, mais aussi c’est de ma façon : chaleur, esprit, santé, talent, commerce exact, bonté, il réunit tout. Tu le sais, mon ami, je ne vis que par le plaisir que je fais aux miens.

« Écris à Louis et dis-lui que tu attends le premier dessin qu’il doit t’envoyer pour constater ses progrès, et que tu ne doutes pas qu’il ne tienne sa promesse d’écrire aussi bien que Junot avant la fin du mois… »

En relevant et en groupant toutes ces lettres écrites dans l’espace de trois mois, il importe de faire remarquer que ce ne sont pas là des paraphrases. Ce sont les textes exacts, tirés de documents authentiques, dont les adversaires les moins suspects de partialité ont tiré des arguments.

En proie aux soucis les plus graves, quand son avenir est absolument compromis, il use le peu de crédit qui lui reste pour faire du bien à tous ceux qu’il connaît. Enfin, son cœur n’oublie personne : pour Joseph, c’est l’effusion la plus tendre ; pour Lucien et Jérôme, c’est une constante sollicitude ; pour Louis c’est l’orgueil d’un père, fier des succès de son enfant. Si ses préoccupations pour sa mère et ses sœurs apparaissent moins vives dans ces lettres, ne vous en étonnez point. L’heureux mariage de l’aîné des fils a procuré une aisance relative à Lætitia et ses enfants qui vivent près des Clary, les beaux-parents de Joseph.

Avait-il du moins, comme on l’a dit et répété, une ambition personnelle excessive ? Rien dans les mémoires du temps ne l’indique. Ni Bourrienne, ni Marmont n’en ont parlé ; leur silence est un aveu, qui sera confirmé par les confidences si simples, si naturelles de Napoléon à son frère, à qui il fait part de ses impressions journalières sur les événements politiques et sur sa situation personnelle : « Je t’ai envoyé hier, par Casabianca, la Constitution. Tout augmente d’une manière effrayante ; on ne pourra bientôt plus vivre ; la récolte est attendue avec impatience. »