II

Ô pâle Ophélia! belle comme la neige,
Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
—C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté!

C'est qu'un souffle inconnu, fouettant ta chevelure,
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton cœur entendait la voix de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits!

C'est que la voix des mers, comme un immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou s'assit, muet, à tes genoux!

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre Follet
Tu te fondais à lui comme une neige au feu.
Tes grandes visions étranglaient ta parole:
—Un Infini terrible effara ton œil bleu!

III

—Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

LE CHÂTIMENT DE TARTUFE

Tisonnant, tisonnant son cœur amoureux sous
Sa chaste robe noire, heureux, la main gantée,
Un jour qu'il s'en allait, effroyablement doux,
Jaune, bavant la foi de sa bouche édentée,

Un jour qu'il s'en allait, «Orémus»,—un Méchant
Le prit rudement par son oreille benoite
Et lui jeta des mots affreux, en arrachant
Sa chaste robe noire autour de sa peau moite!