«Je suis un vieil arbre courbé,
Qui longtemps résista au vent et à la pluie;
Mais maintenant est venu une cruelle rafale,
Et c'en est fait de ma dernière attache à la terre;
Mes feuilles ne salueront plus le printemps,
Le soleil d'été n'exaltera plus ma floraison;
Il faut que je gise devant l'orage
Et que d'autres poussent à ma place.

«J'ai vu mainte année changeante,
Je suis devenu un étranger sur terre;
J'erre au hasard dans les chemins des hommes,
Je ne les connais plus, je leur suis inconnu;
Sans écho, sans pitié, sans secours,
Je porte seul mon fardeau de soucis,
Car silencieux, bien bas, sur des lits de poussière,
Dorment tous ceux qui partageraient mes chagrins.

«Enfin (comble de toutes mes douleurs!)
Mon noble maître est couché dans l'argile;
La fleur de tous nos hardis barons,
L'orgueil de sa contrée, le soutien de sa contrée!
Je languis maintenant dans une lasse existence,
Car toute la vie de la vie est morte,
Et l'espérance a fui mon regard vieilli,
Sur ses ailes rapides à jamais envolée.

«Éveille, pour la dernière fois, ta triste voix, ma harpe,
Une voix de détresse et de farouche désespoir;
Éveille-toi, fais résonner ton dernier lai,
Puis dors dans le silence pour toujours;
Et toi, mon dernier, mon meilleur, mon seul ami,
Qui remplis une tombe prématurée,
Accepte ce tribut du Barde
Que tu as retiré des plus noires ténèbres de la Fortune.

«Dans le vallon bas et nu de la Pauvreté,
D'épais brouillards obscurs m'enveloppaient;
Quoique je levasse souvent un œil anxieux,
Aucun rayon de renommée n'apparaissait;
Tu m'as trouvé comme le soleil matinal
Qui fond les brouillards en air limpide;
Le Barde sans ami et sa chanson rustique
Devinrent tous deux ton cher souci.

«Ô! pourquoi la vertu a-t-elle des jours si courts,
Tandis que les gredins ont du temps pour mûrir, devenir gris?
Faut-il que toi le noble, le généreux, le grand,
Tu tombes dans la forte fleur de la hardie virilité!
Pourquoi ai-je vécu pour voir ce jour-là,
Un jour pour moi plein de détresse?
Ô! que n'ai-je rencontré la flèche mortelle
Qui a abattu mon bienfaiteur!

«Le fiancé peut oublier la fiancée
Dont il a fait hier son épouse, sa femme;
Le monarque peut oublier la couronne
Qui est sur son front depuis une heure;
La mère peut oublier l'enfant
Qui sourit si doucement sur ses genoux;
Mais je me souviendrai de toi, Glencairn,
Et de tout ce que tu as fait pour moi.»

Toute la pièce est belle; il y règne un indicible accent de douleur inconsolable; surtout la dernière strophe est admirable de simplicité et d'émotion. C'est un chagrin qui avait vraiment pénétré au plus profond de sa vie. Il disait:

«Le deuil, que je me suis fait à moi-même l'honneur de porter en mémoire de sa seigneurie, n'a pas été «une contrefaçon de douleur». Et ma gratitude ne périra pas avec moi! Si parmi mes enfants, j'ai un fils qui ait du cœur, il transmettra à son enfant, comme une fierté de famille et une dette de famille, que je dois ce qui m'a été le plus cher dans l'existence à la noble maison de Glencairn[1113]

Près de quatre ans après, lorsqu'il lui vint un fils, il lui donna le nom de James Glencairn.