Vous avez tant de contes et de tours,
Et, dans vos méchantes brindes et ribotes,
Vous faites des diables avec les saints,
Et vous les soulez jusqu'en haut;
Et alors leurs défauts, leurs pailles et leurs manquements,
On aperçoit tout.
Par pitié épargnez l'Hypocrisie!
Cette sainte robe, oh! ne la déchirez pas!
Épargnez-la, au nom de ceux qui la portent souvent,
Les gens en noir;
Mais votre maudit esprit, quand il en approche,
La leur arrache du dos.
Pensez, méchant pécheur, au mal que vous faites:
C'est la «robe bleue», la livrée et le vêtement
Des saints; ôtez-leur cela, vous ne leur laissez rien
Pour les distinguer
De païens non rachetés,
Comme vous ou moi[212].
On sent déjà dans ces strophes la main impatiente de frapper, l'homme qui est sur le point de porter la guerre chez l'ennemi et qui n'attend que la première opportunité. Après ce début, il raconte sa propre aventure, sur un ton qui laisse voir les dispositions d'esprit qu'il en avait rapportées.
Ma foi, je n'ai pas le cœur à chanter!
Ma Muse peut à peine ouvrir l'aile;
Je me suis joué à moi-même un joli air
Et j'ai dansé mon soûl!
J'aurais mieux fait de partir et de servir le roi
À Bunkers-Hill.
C'était une nuit, récemment, tout content,
J'étais parti me promener avec un fusil,
Et voilà que j'amenai une perdrix à terre,
Une jolie poule;
Et comme le crépuscule était venu
Je crus qu'on n'en saurait rien.
La pauvre petite créature était peu blessée;
Je la caressai un peu, par jeu,
Ne pensant pas qu'ils me tracasseraient pour cela;
Mais, le diable m'emporte!
Quelqu'un raconte à la cour de braconnage
Toute l'histoire.
Quelques vieux friands experts avaient bien vu
Que telle poulette avait reçu du plomb,
On soupçonna que j'étais dans l'affaire,
Je dédaignai de mentir,
Aussi j'eus pour mon sou mon sifflet,
Et je payai l'amende.
Mais par mon fusil, le roi des fusils,
Et par ma poudre et par mon plomb,
Et par ma poule et par sa queue,
Je promets et je jure
Que, par moor et vallon, le gibier me paiera
Cela l'année prochaine[213].
C'était un singulier résultat de cette grave leçon. Lorsqu'on avait à faire à de mauvaises têtes prêtes à tout risquer, c'était souvent ce qui arrivait. La résolution de Burns était cousine du stratagème de ce méchant gars de Nichol Snipe, le garde-chasse, qui avait tellement interloqué M. Balwhidder, le bon et simple ministre des Annales de la Paroisse. C'est une des jolies anecdotes de ce charmant livre et elle montre à quel point de bravade ces humiliations publiques poussaient parfois des natures inflexibles. M. Balwhidder raconte que ce Nichol et la fille qu'il avait séduite furent obligés de se tenir debout dans l'église. Le reste de la scène demande à être dit par lui-même. «Mais Nichol était un vaurien perdu, car il arriva avec deux habits: l'un boutonné par derrière et l'autre boutonné par devant; et deux perruques de mylord, qui lui avaient été prêtées par le valet de chambre: l'une sur sa figure et l'autre à sa vraie place; et il se tenait le visage contre la muraille de l'église. Quand je l'aperçus de la chaire, je lui dis «Nichol, vous devez vous tourner de mon côté.» Sur quoi, il se retourna, il est vrai, mais il me présenta le même aspect que son dos. Je demeurai confondu et je ne savais pas quoi dire, mais je lui criai d'une voix de courroux: «Nichol! Nichol! si vous aviez toujours été de dos, vous ne seriez pas ici aujourd'hui» et ces paroles eurent un tel effet sur toute la congrégation que le pauvre garçon souffrit ensuite plus de ma moquerie que si je l'avais réprimandé de la manière prescrite par la session[214].» Il y avait un peu de Nichol dans la façon dont Burns avait reçu la réprimande du révérend.