Le premier qui lui tomba sous la main, après les révérends Moodie et John Russell, fut précisément William Fisher, un des elders de Mauchline. Il le malmena plus terriblement encore, dans sa Prière de Saint Willie. Les circonstances qui motivèrent cette implacable satire sont tellement caractéristiques des mœurs, et elles démontrent si bien que la tyrannie sacerdotale dont nous avons parlé plus haut n'avait pas disparu à cette époque, qu'il peut être utile de les rappeler. Gavin Hamilton, le notaire de Mauchline et le propriétaire de Mossgiel, avait été menacé d'être exclu de la communion annuelle et écarté des tables «pour négligence habituelle des ordonnances de l'Église». On lui reprochait d'être irrégulier à l'église; d'avoir été absent deux dimanches dans un mois et trois dans l'autre; de s'être mis en route un dimanche, malgré les conseils du ministre; de négliger habituellement, si toutefois pas entièrement, le culte de Dieu, dans sa famille[221]. Gavin Hamilton affirma que ces accusations sortaient d'une rancune personnelle et en appela de la Kirk session au Presbytère d'Ayr. Il y fut défendu par un de ses confrères d'Ayr, nommé Aiken, ami de Burns, qui était, paraît-il, doué d'un talent de parole remarquable et qui semble avoir été un grand orateur dans un petit bourg. La Kirk session de Mauchline, c'est-à-dire Daddy Auld et William Fisher, fut considérée comme mal fondée dans sa réprimande, et Gavin Hamilton rapporta un ordre du Presbytère que les procès-verbaux de la session dont il avait appelé fussent détruits. C'est en sortant de ce jugement que Burns place les lamentations suivantes dans la bouche de William Fisher, lequel gémit de ce qui vient de se passer[222]. Il s'adresse au Dieu de justice:

Ô Toi qui résides dans les cieux, Qui, selon ton bon plaisir, En envoies un an ciel et dix en enfer, Pour ta plus grande gloire, Et non pas pour le bien ou le mal Qu'ils ont fait devant Toi!

Je bénis et je loue Ta puissance infinie,
Quand Tu en as laissé des milliers dans les ténèbres,
De ce que je suis ici, devant Ta vue,
Pour les dons et la grâce
Une lumière brûlante et éclairante
Pour toute cette contrée.

Qu'étais-je donc, moi ou ma génération,
Pour obtenir une telle exaltation
Moi qui mérite si justement la damnation
Pour avoir enfreint Tes lois,
Cinq mille ans avant ma création,
Par la faute d'Adam.

Quand je chus du ventre de ma mère,
Tu aurais pu me plonger en enfer,
Pour y grincer des gencives, y pleurer, y crier,
Dans des lacs brûlants,
Où les démons maudits rugissent et hurlent
Enchaînés à leurs poteaux.

Cependant me voici, choisi pour exemple
Que Ta grâce est grande et ample;
Je suis un pilier de Ton temple
Ferme comme un roc,
Un guide, un bouclier, un exemple
À tout Ton troupeau.

Ô Lord, Tu sais quel zèle je montre,
Quand les buveurs boivent, et les jureurs jurent,
Et qu'on chante ici et qu'on danse là,
Petits et grands;
Car je suis gardé par Ta crainte
Et exempt de toutes ces choses.

Pourtant, ô Lord, il faut que je le confesse
Par moment je suis troublé d'une luxure charnelle;
Et parfois aussi, avec une assurance mondaine,
Le vil égoïsme entre en moi;
Mais Tu sais que nous sommes une poussière
Souillée de péché[223].

Il avoue alors qu'avec une certaine Meg, puis avec la fillette de Lizzie.... Mais c'est que ce vendredi-là il était gris, sans quoi il ne se serait jamais approché d'elle. C'est peut-être la volonté de Dieu et, s'il en est ainsi, que cette volonté soit faite.

Peut-être laisses-Tu cette épine charnelle
Tourmenter Ton serviteur soir et matin,
De crainte qu'il ne devienne exalté et orgueilleux
Des dons qu'il a reçus.
Si c'est ainsi, il faut qu'il supporte Ta main
Jusqu'à ce que Tu la relèves.