Cependant sous la rose sans rivales
L'humble pâquerette fleurit suavement;
Bien que le monarque des forêts, jette au loin
Ses bras ombreux,
Cependant la savoureuse aubépine croît verte,
Plus bas dans la clairière.

Ne murmure donc pas, ne regrette donc rien,
Efforce-toi de briller dans ton humble sphère,
Et, crois-moi, les mines de Potosi
Ni les attentions des rois
Ne peuvent donner un bonheur qui surpasse le tien,
Ô poète rustique.

Les dernières strophes sont admirables. D'un bond de pensée la Muse monte plus haut et arrive au sommet où l'on voit les origines communes et les rapports réciproques de l'esprit et du caractère. Ce n'est plus le poète local qu'elle rassure, c'est l'homme tout entier qu'elle exhorte; elle joint à ses encouragements un avertissement de noble morale, comme si elle considérait que, sinon l'innocence de la vie, du moins la noblesse des intentions est l'appui du talent, et comme si elle le prévenait que, en laissant détériorer son âme, il laisserait obscurcir son inspiration.

Pour te donner mes conseils en un seul,
Entretiens toujours avec soin ta flamme harmonieuse,
Sauvegarde en toi la dignité de l'Homme,
D'une âme toujours droite;
Et aie confiance que le Plan Universel
Protégera tout le monde.

Et, porte désormais ceci—dit-elle avec solennité,
Et elle noua le houx autour de mon front;
Les feuilles luisantes et les baies rouges
Frémirent bruissantes;
Et, comme une pensée passagère, s'envolant,
Elle disparut dans la lumière.

Si elle était arrivée comme une jeune paysanne revêtue par hasard d'un manteau magnifique, comme elle est transformée! elle s'éloigne vraiment déesse. Par un art subtil, cette Vision, qui pour sembler vraisemblable avait dû faire une entrée familière, s'est transfigurée en une lumineuse et bienfaisante protectrice. Le pauvre paysan qui s'est tout à l'heure laissé choir sur un escabeau, harassé de labeurs, de regrets et de soucis, est maintenant consolé, raffermi. Malgré tout, en dépit de tes fautes, pauvre Robert Burns, tu as bien fait! tu as choisi le vrai chemin! tu as abandonné la fortune pour la gloire. Et encore que tu aies fait saigner quelques cœurs—en quoi tu as failli surtout—rassure-toi même sur cela; tant de cœurs que tu consoleras plus tard feront que tu seras pardonné. Lève-toi donc et mène ta vie! Elle sera ce qu'elle voudra, elle n'aura pas été en vain. La déesse ne t'a pas trompé. Lève-toi donc, va, laboure, sème, fauche sous les grésils, les vents et les soleils, sois malheureux et quelquefois coupable; tu as désormais au front un rameau invisible.[Lien vers la Table des matières.]

III.
LES ORAGES DU CŒUR. — JANE ARMOUR. — MARY CAMPBELL.

Cette puissante explosion contre la rigueur du clergé et l'hypocrisie de certains dévots, sa production littéraire, la conscience de son génie qui s'éveillait en lui, la fierté et l'ambition qui, à sa suite, entraient dans son âme et l'emplissaient de rayons, ne sont qu'une partie de son histoire pendant ces années qui foisonnent d'événements. Les aventures du cœur toujours tiennent une grande place dans sa vie; celles qui se sont succédé pendant son séjour à Mossgiel ont eu une telle influence sur sa destinée, et elles sont si étroitement liées à la naissance de plusieurs de ses plus belles pièces, que son sort resterait incompris et quelques-unes de ses œuvres inexplicables, si on n'étudiait avec détails ce curieux passage de l'histoire de ce cœur, pourtant si pleine de surprises.

Il est certain qu'il eut là comme ailleurs plusieurs de ces sous-intrigues d'amour dont parlait Gilbert. On en retrouve la trace dans ses vers: que ce soient des attendrissements de quelques jours ou de quelques heures comme dans les pièces à la jeune Peggy, la Fille de Ballochmyle; ou des rapports plus étroits et plus prolongés comme dans la pièce à Elisa. Il continuait son jeu de séducteur; il en indique lui-même la méthode et le danger dans des vers bien précis:

Ô laissez là les romans, jolies filles de Mauchline,
Vous êtes plus en sûreté à votre rouet;
Ces livres séduisants sont des appâts et des hameçons
Pour des vauriens roués comme Rob Mossgiel;
Vos beaux Tom Jones et vos Graudisson
Font tourner vos jeunes têtes;
Ils allument vos cerveaux, enflamment vos veines,
Et alors vous êtes une proie pour Rob Mossgiel.