On peut juger de la ferveur et de la gravité des vœux que Burns avait prononcés d'après cette pièce dans laquelle il les rappelle et les renouvelle:

Veux-tu venir aux Indes, ma Mary,
Et quitter le rivage de la vieille Écosse?
Veux-tu venir aux Indes, ma Mary,
À travers le rugissement de l'Atlantique?

Oh! doucement croissent le citron et l'orange,
Et l'ananas sur son arbre;
Mais tous les charmes des Indes
Ne sauraient jamais égaler les tiens.

J'ai juré par les cieux à ma Mary,
J'ai juré par les cieux d'être fidèle;
Et puissent aussi les cieux m'oublier,
Le jour où j'oublierai mon vœu!

Oh! donne-moi ta foi, ma Mary,
Et donne-moi ta main blanche comme la neige;
Oh! donne-moi ta foi, ma Mary!
Avant que je quitte la grève de l'Écosse!

Nous nous sommes donné notre foi, ma Mary,
De nous unir en affection mutuelle;
Et maudite soit la cause qui nous séparera
L'heure et le moment du temps[308]!

C'est avec ces assurances et cette musique de promesses emportée en elle, que la douce Mary Campbell partit pour les Hautes-Terres. Pauvre fille!

Mais nous ne sommes pas encore au terme des surprises. Le dimanche où il avait dit adieu à Mary Campbell tombait le 14 mai. Jane Armour revint de Paisley dans les premiers jours du mois suivant. Moins d'un mois après la promesse du bord de l'Ayr, le 12 juin, il écrivait cette incroyable lettre:

«La pauvre, mal conseillée, ingrate Armour est rentrée chez elle, vendredi dernier. Vous connaissez tous les détails de cette affaire et c'est une sombre affaire. Ce qu'elle pense maintenant de sa conduite, je ne le sais pas. Ce que je sais c'est qu'elle m'a rendu complètement misérable. Jamais homme n'a aimé ou plutôt adoré une femme plus que je ne l'ai adorée; et, pour confesser une vérité entre vous et moi, je l'aime encore, après tout, jusqu'à la folie, bien que je ne voulusse pas le lui dire si je la voyais, ce que je ne souhaite pas. Ma pauvre chère infortunée Jane, comme j'ai été heureux dans tes bras! Ce n'est pas de la perdre qui me rend si malheureux; mais c'est surtout à cause d'elle que je crains. Je prévois qu'elle est sur la route qui mène, je le redoute, à la ruine éternelle.

Puisse Dieu tout puissant lui pardonner son ingratitude et son parjure envers moi, comme du fond de mon âme, je lui pardonne; et puisse sa grâce être avec elle et la bénir dans l'avenir. Je n'ai pas de plus exacte idée de l'endroit des châtiments éternels que ce que j'ai ressenti dans mon âme à cause d'elle. Je me suis jeté dans toutes sortes de dissipations et d'orgies, réunions maçonniques, assauts de boire et autres folies pour la chasser de ma tête et tout cela est vain. Et maintenant, au grand remède! Le navire est en train de revenir qui doit m'emporter à la Jamaïque, et alors adieu, chère vieille Écosse, adieu, chère ingrate Jane, car jamais, jamais plus je ne vous reverrai[309]