À côté de cette pièce et comme suspendue à elle, se trouve l'apologie de l'inconstance que tant de poètes ont faite. Presque tous l'ont faite avec les mêmes images, avec celles qui expriment le mieux la mobilité et la fuite: les flots, les nuages, les couleurs, tout ce qui échappe sans cesse, est insaisissable.
Que la femme ne se plaigne pas
D'inconstance en amour,
Que la femme ne se plaigne pas,
Que l'homme infidèle aime à changer.
Voyez par toute la nature,
Sa loi puissante veut qu'on change.
Dames, serait-il pas étrange
Si l'homme alors était un monstre?
Voyez les vents, voyez les cieux,
La montée de la mer et sa descente;
Soleil et lune se couchent pour se lever,
Et les saisons tournent, tournent.
Pourquoi vouloir que l'homme chétif
Résiste au plan de la Nature?
Nous serons constants, tant que nous pourrons,
Vous ne pouvez pas plus, savez-vous?[547]
«Pouvez-vous contraindre la mer à sommeiller tranquillement, le lis à garder sa fraîcheur, le tremble à ne pas frissonner, pouvez-vous contraindre l'abeille à ne pas voltiger et le col du ramier à ne pas chatoyer, alors vous pourrez contraindre l'amour à durer toujours,» disait un autre poète écossais qui fut presque le contemporain de Burns[548]. Ils sont de l'école de ce personnage de Shakspeare, qui prétendait que, comme un clou en chasse un autre, le souvenir de son dernier amour était chassé par un nouveau, et que celui-ci se fondait comme une image de cire près du feu, ne gardant plus l'empreinte de ce qu'elle était[549]. Ce ne sont pas les métaphores qui ont jamais manqué aux poètes pour rendre la fuite continuelle de l'amour. Peut-être ceux-là seraient-ils encore davantage dans le vrai qui diraient des vents et des flots qu'ils sont aussi inconstants que le cœur humain.
De ce groupe de poésies amoureuses on peut en rapprocher un autre. Ce sont des pièces impersonnelles. Elles ont été inspirées par des sentiments que Burns n'a pas pu éprouver pour son compte, mais que son esprit, toujours occupé de la même passion, s'est amusé à ressentir. Il y en a toute une série. Ce sont souvent des plaintes de jeunes filles. Elles pleurent l'infidélité, l'exil ou la mort de leur amant. L'une, se promenant un soir d'été, quand les joueurs de cornemuse et les jeunes gens sont en train de jouer, aperçoit son faux ami et s'éloigne en pleurant[550]. Une autre pense à son matelot qui est au loin: pendant que les troupeaux sont haletants autour d'elle, sous le midi, peut-être est-il à son canon, sous le soleil brûlant; quand l'hiver déchire la forêt et flagelle l'air hurlant, elle écoute en priant et en pleurant le rugissement du rivage rocheux[551]. Une veuve des Hautes-Terres se lamente: elle vient vers les Basses-Terres, sans un penny dans sa bourse pour payer son repas. Il n'en était pas ainsi dans les Hautes-Terres; elle avait des vaches qui broutaient sur les collines et des brebis qui couraient sur les mamelons; mais Donald a été tué sur la plaine de Culloden, et aucune femme dans le vaste monde n'est aussi misérable qu'elle[552]. De pauvres filles délaissées gémissent et se repentent d'avoir été trop confiantes et trop faibles. Partout, ce sont des regrets cachés et à peine trahis par un soupir.
Tu briseras mon cœur, toi, bel oiseau,
Qui chantes sur la branche!
Tu me rappelles les jours heureux,
Quand mon faux ami était sincère.
Tu briseras mon cœur, toi, bel oiseau,
Qui chantes près de ta compagne!
Car ainsi j'étais aimée et ainsi je chantais,
Et j'ignorais ma destinée[553].
Souvent j'ai erré près du joli Doon,
Pour voir le chèvrefeuille s'entrelacer;
Et tous les oiseaux chantaient leurs amours,
Et ainsi je chantais le mien!
Le cœur léger, je cueillis une rose
Sur son boisson épineux;
Et mon faux ami m'a dérobé la rose
Et ne m'a laissé que l'épine![554]
Plus tard les regrets sont plus clairs et plus douloureux et la douleur de l'abandon se mêle à la honte et au chagrin de la famille.