Ces rencontres amènent des rendez-vous, tantôt parmi les hauteurs où les moutons sont répandus, tantôt au bord d'un ruisseau où les arbres sont épais, tantôt plus secrètement au bout du jardin. Quelques-unes de ces scènes ont une jolie saveur de poésie rustique, à moitié réelle et à moitié transformée, comme dans les meilleures pages de George Sand. Ce dialogue, entre un berger et son amoureuse, est bien dans cette note, et ce refrain, qui se répète comme le rappel des moutons vers le soir, évoque, mieux que ne le ferait une description, le paysage où le troupeau est épars:
Appelle les moutons sur la colline,
Appelle-les où croît la bruyère,
Appelle-les où court le ruisseau,
Ma jolie chérie.
Comme je passais au bord de l'eau,
J'y ai rencontré mon gars berger;
Il m'a doucement enroulée dans son plaid,
Et il m'a appelée sa chérie.
«Veux-tu venir par le bord de l'eau,
Et voir les flots doucement glisser,
Sous les noisetiers tout grands ouverts?
La lune brille très claire.
Tu auras des robes et de beaux rubans,
Et des souliers en cuir de veau à tes pieds,
Et dans mes bras, tu te reposeras et dormiras,
Et tu seras ma chérie».
«Si vous tenez ce que vous promettez,
J'irai avec vous, mon gars berger,
Et vous pourrez m'enrouler dans votre plaid,
Et je serai votre chérie».
Tant que les eaux courront à la mer,
Tant que le jour brillera dans ce haut ciel,
Jusqu'à ce que la mort froide comme l'argile ferme mes yeux,
Vous serez mon chéri.
Appelle les moutons sur la colline,
Appelle-les où croît la bruyère,
Appelle-les où court le ruisseau,
Ma jolie chérie[608].
On voit, comme dans la pièce précédente, que les fillettes sont habituées à se défendre et savent poser leurs conditions. On s'étonnera moins de leur facilité à accepter ces promesses, si l'on se rappelle qu'il y avait toujours une sorte de sanction dans les décisions de la session ecclésiastique. On peut citer encore une autre chanson qui résume en quelque sorte tous ces rendez-vous rustiques; il y a une première strophe qui est belle, et, dans cette strophe, les deux vers sur ces bouleaux «lumineux de rosée» dans l'ombre suffiraient seuls à lui donner un rare prix.
Quand, au-dessus de la colline, l'étoile orientale
Annoncera l'instant de parquer les moutons, mon ami,
Et que les bœufs, du champ tracé de sillons,
S'en iront tristes et fatigués, Ô;
Là-bas, près du ruisseau, où les bouleaux parfumés
Pendent lumineux de rosée, mon ami,
Je te retrouverai sur la berge herbeuse,
Mon cher bien-aimé, Ô!