Presque jamais, le paysage n'est sans bêtes, que les scènes soient riantes ou sauvages.
Combien aimables, ô Nith, sont tes vallées fertiles,
Où les aubépines éployées fleurissent gaîment,
Combien doucement sinuent tes vallons en pente,
Où les agneaux jouent à travers les genêts[772].
Solitaires sur les glaciales collines, les troupeaux errants
Évitent les cruels orages parmi les rochers abritants;
Les ruisseaux se précipitent, écument, rougeâtres sous la pluie qui les bat,
Les déluges amassés crèvent au-dessus des plaines lointaines,
Sous la rafale les forêts effeuillées gémissent;
Les cavernes creuses rendent une morne plainte[773].
Burns lui-même marquait la place que les animaux tiennent dans ses vers, lorsqu'il disait:
Tant que les églantiers et les chèvrefeuilles verdissants,
Et les perdrix qui piaillent haut le soir,
Et le lièvre matinal qu'on voit filer silencieusement,
Inspireront ma muse[774].
Cette présence des animaux est à noter, car, chez la plupart des poètes, si on tuait les oiseaux, la nature resterait dépeuplée.
Sur ces fonds déjà fourmillants de vie ressortent plus fortement les animaux domestiques. À chaque pas, ce sont des coins de collines, de prairies ou de champs, dans lesquels ils figurent avec une touche de sentiment humain qui les rapproche des premiers plans. Ils servent à indiquer les heures du jour:
Quand, sur la colline, l'étoile orientale
Annonce que le moment de parquer les brebis est venu,
Et que les bœufs, du champ aux nombreux sillons,
Reviennent si tristes et si las[775].
Ou la saison de l'année, comme dans le passage déjà cité plus haut.
Quand les vaches nouvellement vêlées beuglent à leur piquet,
Et que les chevaux fument à la charrue ou à la herse,
Je prends cette heure sur le bord du crépuscule,
Pour reconnaître que je suis débiteur
Du vieux Lapraik, au cœur honnête,
Pour sa bonne lettre[776]».