Cette intervention de l'homme, venant s'ajouter à celle des animaux, fait parfois reculer la description de la nature elle-même jusqu'à ne lui laisser que très peu de place, comme dans la strophe suivante où elle l'a reléguée dans le premier vers. Le détail animé expulse presque complètement le détail inanimé:

Le soleil avait clos le jour d'hiver,
les joueurs de curling avaient quitté leur jeu retentissant;
Et le lièvre affamé avait pris le chemin
Des verts jardins de choux,
Tandis que la neige perfide le décèle par ses traces
Partout où il a passé[786].

Les matins surtout sont animés et joyeux. Les travailleurs de toute espèce vont allègrement à leur besogne et font retentir la campagne de leurs chansons. C'est un laboureur qui va retrouver sa charrue et chante joyeux dans la fraîcheur d'une aurore de mai toute ruisselante de notes d'alouettes; leurs deux chansons se rencontrent et se mêlent:

Comme j'errais un matin, au printemps,
J'entendis un joyeux laboureur chanter doucement,
Et comme il chantait, il disait ces paroles:
«Il n'y a pas de vie comme celle du laboureur, dans le mois du doux mai».

L'alouette au matin s'élance de son nid,
Et monte dans l'air, la rosée sur sa poitrine,
Avec le joyeux laboureur, elle siffle et elle chante,
Et à la nuit, elle redescendra vers son nid[787].

Un peu plus loin, c'est un jardinier qui s'en va, la bêche sur l'épaule. Et sa chanson est plus fraîche et plus jolie encore:

Quand le rose mai arrive avec des fleurs,
Pour parer ses bocages dont la verdure s'ouvre,
Alors occupées, occupées sont ses heures,
Au jardinier, avec sa bêche.
Les eaux de cristal tombent doucement,
Les oiseaux sont tous des amoureux,
Les brises parfumées passent autour de lui,
Le jardinier avec sa bêche.

Quand le pourpre matin éveille le lièvre,
Qui se glisse à chercher son repas matinal,
Alors, à travers les rosées, il doit partir,
Le jardinier, avec sa bêche.
Quand le jour expirant dans l'ouest,
Tire le rideau du repos de la nature,
Il vole vers les bras qu'il aime le mieux,
Le jardinier, avec sa bêche[788].

Ailleurs, le paysage prend plus de grandeur, de réalisme et de tristesse. On est en face de la véritable vie des champs, avec ses fatigues et la poésie qui, malgré tout, flotte autour d'elle. Un bel exemple est le retour du laboureur, le samedi soir, après la semaine de dur acharnement contre le sol, avec la perspective du repos du lendemain.

Lorsque novembre souffle bruyamment avec un sifflement irrité,
Le jour d'hiver décroissant est près de sa fin;
Les bêtes boueuses reviennent de la charrue;
Les bandes noircissantes de corneilles vont à leur repos;
Le laboureur, usé de fatigue, s'en va de son travail;
Ce soir, son labeur de la semaine est terminé;
Il rassemble ses bêches, ses pioches et ses houes,
Espérant passer le lendemain dans l'aise et le repos,
Et las, à travers le moor, il dirige ses pas vers la maison[789].