Le seul crime de Pellissery était d'avoir critiqué le ministère Maurepas, au sujet de ses opérations financières, dans une brochure intitulée: Erreurs et désavantages des emprunts des 7 janvier et 9 février 1777.
De la Bastille, après avoir refusé sa liberté au prix d'une place d'espion dans les finances, Pellissery fut enfermé à Charenton où il était encore en 1789.
Pour compléter ces tristes tableaux d'un despotisme éhonté, nous empruntons à l'avocat-journaliste Linguet l'émouvante description de sa prison:
«En hiver, dit-il, ces caves funestes sont des glacières, parce qu'elles sont assez élevées pour que le froid y pénètre; en été ce sont des poêles humides, où l'on étouffe, parce que les murs en sont trop épais pour que la chaleur puisse les sécher.
Le peu de lumière que, dans les belles journées, y laisse transpirer l'unique lucarne grillée, ne peut servir qu'à en faire mieux distinguer l'obscurité.
Fig. 12.—Quartier Saint-Paul, les Tournelles et la Bastille vers 1540.
«Il y en a une partie, et la mienne était de ce nombre, qui donne directement sur le fossé où se dégorge le grand égout de la rue Saint-Antoine; de sorte que, quand on le nettoie, on en été dans les jours de chaleur un peu continuée, ou après chaque inondation, accident assez commun au printemps et en automne dans ces fossés creusés au-dessous du niveau de la rivière, il s'en exhale une infection pestilentielle. Une fois engouffrée dans ces boulins, que l'on appelle chambres, elle ne se dissipe que très lentement.
«C'est dans cette atmosphère qu'un prisonnier respire; c'est là que, pour ne pas étouffer entièrement, il est obligé de passer les jours et souvent les nuits, collé contre la grille intérieure, qui l'écarte même du trou taillé en forme de fenêtre, par laquelle coule jusqu'à lui une ombre de jour et d'air. Ses efforts pour en pomper un peu de nouveau par cette sarbacane étroite ne servent souvent qu'à épaissir autour de lui la fétidité qui le suffoque.
«En hiver, malheur à l'infortuné qui ne peut pas se procurer l'argent nécessaire pour suppléer à ce qu'on distribue de bois au nom du roi. Autrefois il se délivrait sans compte et sans mesure, en raison de la consommation de chacun. On ne chicanait pas des hommes d'ailleurs privés de tout, et réduits à une immobilité si cruelle, sur la quantité de feu qu'ils croyaient nécessaire pour décoaguler leur sang engourdi par l'inaction, ou volatiliser les vapeurs condensées sur leurs murailles. Le prince voulait qu'ils jouissent de ce soulagement, ou de cette distraction, sans en restreindre la dépense.