Son seul crime fut, à la vérité, son continuel refus d'abjurer sa religion!
Saint-Mars le fit enfermer presque nu dans le plus hideux des cachots où, pendant les crues de la Seine, il resta de longs jours avec de l'eau jusqu'au cou!
Quand on le trouva mort sur sa paille, véritable fumier, il était enchaîné par les reins, par les mains et par les pieds. La clémence du gouverneur lui avait, paraît-il, épargné le carcan qui, à lui seul, pesait 60 livres!
De telles atrocités dignes des geôliers de la féodalité et des bourreaux de l'inquisition se passent de commentaires.
Il nous suffit de livrer à la réprobation universelle ceux qui les exécutèrent, ceux qui les ont commandées et ceux qui les ont laissées faire.
Un seul homme osa tenter d'adoucir les souffrances des prisonniers; malheureusement il resta trop peu de temps au département de Paris. Cet homme de bien, c'était le premier président de la cour des aides, directeur de la librairie, M. Lamoignon de Malesherbes, qui, devenu ministre, eut pour premier souci de visiter les prisons: «Il en fit sortir tous ceux qui étaient innocents ainsi que ceux qui, par la longueur de leur captivité se trouvaient trop punis et ordonna que des soins délicats et des attentions touchantes consolassent les infortunés que leurs délits bien constatés l'empêchaient de faire élargir.»
Comme on le voit, par les lettres et récits que nous venons de reproduire, le régime de la Bastille n'était pas ce qu'ont dit certains auteurs, car son histoire serait un long martyrologe.
Tontes ces ignominies, qui commençaient à se répandre dans le public, jointes à la tyrannie croissante du pouvoir qui l'opprimait chaque jour davantage, devaient bientôt faire éclater la juste colère du peuple.
Jeter bas cette mystérieuse et lugubre prison, la terreur et la menace de quatre siècles, fut dès lors son unique cri, son unique espérance!
La prise de la Bastille, par le peuple de Paris, fut donc, outre un acte d'humanité, une habile mesure stratégique.