La porte Saint-Antoine dont nous donnons la représentation est décrite en ces termes par Piganiol de la Force (1742), t. IV, p. 422:

«On prétend que cette porte fut bâtie sous le règne d'Henry II pour servir d'arc de triomphe à la mémoire de ce prince. D'autres assurent qu'elle fut élevée pour l'entrée du Roy Henri III revenant de Pologne, mais je n'ai vu nulle part la preuve ni de l'un, ni de l'autre de ces deux sentimens. Ce qu'il y a de constant, c'est qu'il y avait ici une porte l'an 1671 lorsque François Blondel fut chargé de la restaurer. Cet ingénieur, qui n'était pas moins habile dans l'architecture que dans les autres parties des mathématiques, conserva l'ancien ouvrage de cette porte, et continua de chaque côté l'Ordre Dorique dont on l'avoit décorée. Ce monument a neuf toises de largeur sur sept ou huit de hauteur. À la porte ou ouverture qui était au milieu, Blondel en ajouta deux autres, une de chaque côté qui ont presque la même hauteur et la même largeur, et qui rendent l'entrée de la ville plus facile aux voitures......

«La face qui est du côté du faubourg (et que représente notre dessin) est ornée de refands et d'un grand entablement Dorique qui règne sur toute la largeur, et lequel est surmonté d'un Attique, en manière de piédestal continu, aux extrémités duquel sont deux obélisques.

«Dans les niches pratiquées entre les pilastres, sont deux statues qui représentent les suites heureuses de la Paix faite entre la France et l'Espagne en 1660. Celle qui est à main droite tient une anchre au bas de laquelle il y a un dauphin. Cette figure est allégorique à l'Espérance que la France avoit conçue de cette paix qui avoit été cimentée par le mariage du roy Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche Infante d'Espagne. L'autre statue est la Sûreté publique qui est désignée par cette figure qui s'appuye sur une colonne avec une attitude et un visage si tranquilles, qu'elle fait connoître qu'elle n'a plus rien à craindre. Ces deux statues sont de François Anguière, et des chefs-d'œuvre.

«Au-dessus de ces niches sont deux vaisseaux qui sont allégoriques à celui que la ville de Paris porte dans l'écusson de ses armes.

«Sur une espèce de console formée par la saillie de la clef de la voûte du grand portique, est un buste du Roy Louis XIV, fait d'après le naturel par Girard Vanopstal, sculpteur, et qui a été peint en bronze pour le détacher du corps de la maçonnerie.

«Deux figures qui représentent la Seine et la Marne, sont à demi-couchées sur les impostes, et sont regardées comme des chefs-d'œuvre de sculpture[11]. Les uns disent qu'elles sont de Maître Ponce et les autres de Jean Gougeon. Ce qu'il y a de plus constant, c'est que leur excellence fit qu'on les conserva lorsqu'en 1660 on rebâtit cette porte.

L'attique est formé par une grande table de marbre noir au-dessus de laquelle sont les armes de France et de Navarre, en deux écussons joints ensemble, entourés des coliers des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, et surmontées d'une couronne fermée. Deux trophées d'armes achèvent de remplir le vuide de ce fronton, au-dessus duquel sont deux statues à demi-couchées, vêtues de long, et ayant des tours sur leurs têtes. Celle qui tient sur ses genoux une couronne fermée et fleurdelisée, représente la France. L'autre tient un petit bouclier et quelques dards, et désigne l'Espagne. Elles se donnent la main en signe d'amitié et d'alliance.

«L'himen qui est plus haut, au milieu d'un attique en manière de piédestal continu, semble approuver et confirmer cette union qu'il a fait naître. D'une main il tient son flambeau allumé, et de l'autre un mouchoir. Les extrémités de ce piédestal continu sont terminées par deux pyramides, aux pointes desquelles sont des fleurs de lys doubles et dorées de même que les boules qui portent ces pyramides. Tontes ces figures sont de Vanopstal, et de quatre pieds plus grandes que le naturel.

«L'inscription qui est gravée en lettres d'or sur la grande table de marbre noir dont j'ai parlé, explique toute cette composition en nous disant que la paix des Pyrénées a été faite et cimentée par les armes victorieuses de Louis XIV, par les heureux conseils de la Reine Anne d'Autriche sa mère, par l'auguste mariage de Marie-Thérèse d'Autriche et par les soins assidus du Cardinal Mazarin.