Tour de la Liberté.—Ce nom, qui semble un euphémisme, lui fut donné vers 1380, à la suite d'un assaut des Parisiens, qui crièrent pour la première fois: «Liberté! liberté!!» C'est dans cette même tour, dit l'historien anonyme de Charles VI, que le prévôt de Paris, Hugues Aubriot, avait été enfermé «pour y faire pénitence perpétuelle au pain de tristesse et à l'eau de douleur, comme fauteur d'infidélité judaïque, comme hérétique, etc., etc.»
Au rez-de-chaussée de cette tour se trouvait la chambre de la question qui fut supprimée quand Louis XVI abolit la torture. Il paraît, cependant, qu'un certain Alexis Danouilh y fut mis, en 1783 à la question ordinaire et extraordinaire.
Tour de la Bertaudière.—Elle devait son nom à un certain Bertaud, maçon, qui se tua en tombant de sa plate-forme pendant sa construction. Son troisième étage servit de prison au Masque de fer, pendant cinq années.
Tour de la Bazinière.—En 1663, un sieur de la Bazinière, trésorier de l'Epargne, y fut enfermé; elle conserva son nom.
Tour de la Comté.—On ne connaît par l'origine de ce nom.
Tour du Coin.—Cette tour tirait son nom de sa situation au coin de la rue Saint-Antoine.
Tour du Puits.—C'était au pied de cette tour qu'avait été creusé le puits de la Bastille.
Les tours de la Chapelle, du Trésor, de la Liberté, de la Bertaudière, de la Comté et de la Bazinière avaient leur entrée sur une cour de 120 pieds de long sur 72 de large appelée cour d'honneur, grande cour ou cour des prisons. Trois des côtés de cette cour étaient formés par les tours et les courtines; une construction moderne, d'aspect bourgeois, hante de trois étages, édifiée en 1761, sous le règne de Louis XV, ainsi que l'indiquait une inscription en lettres d'or sur marbre noir, en formait le quatrième côté.
Le rez-de-chaussée de cette construction, surélevé de quelques marches, était occupé par la Salle du Conseil (I du plan, page 60) où le lieutenant général de police interrogeait les prisonniers et par la Bibliothèque (K) installée en 1383.—Entre ces deux pièces principales se trouvaient des chambres de domestiques, le logement du porte-clefs chef et le passage qui faisait communiquer la cour d'honneur et la cour des cuisines.
Au premier étage et au-dessus de la Salle du Conseil se trouvait l'appartement du Lieutenant du roi; au second celui du major; au troisième ceux du chirurgien et de l'aumônier. Au premier, au second et au troisième étages au-dessus de la Bibliothèque il y avait des chambres destinées à des prisonniers de distinction punis par leur famille, ou à des prisonniers malades soignés à leurs frais.