Cette cour du Puits était un véritable foyer d'infection toujours entretenu par les détritus de toutes sortes qu'on y laissait séjourner et pourrir.
Bien que de même hauteur, toutes les tours de la Bastille n'avaient pas le même nombre d'étages.
Les tours du Trésor et de la Chapelle n'avaient que deux étages et pas de cachots inférieurs; les tours de la Liberté et de la Bertaudière avaient trois étages et des cachots.
Au contraire, les quatre tours du Coin, du Puits, de la Comté et de la Bannière avaient cinq étages de prisons et des cachots; les deux étages supérieurs avaient des doubles planchers, l'un en chêne, l'autre en sapin, séparés par un bourrage.
L'étage supérieur se nommait «la Calotte», nom qui lui venait de la forme de son plafond voûté en dôme comme celui des cachots inférieurs[19]; les calottes étaient aussi redoutées que les cachots. C'était l'étage le plus malsain de la tour: en hiver il s'y formait une couche de glace sur les parois des murs; en été, le plomb des plates-formes y entretenait une chaleur intolérable. L'excès de ces deux températures était également meurtrier.
On accédait aux différents étages des tours par un escalier tournant, particulier à chacune d'elles et muni de plusieurs portes dans sa hauteur.
L'intérieur des prisons affectait la forme octogonale. Ces pièces étaient assez grandes (15 à 20 pieds de haut et à peu près autant de large) pour y loger de 3 à 4 prisonniers; moins inhabitables que les calottes, elles étaient cependant très chaudes en été et très froides en hiver.
L'ameublement, nous dit l'auteur de la Bastille dévoilée, se composait: «d'un lit de serge verte avec rideaux semblables; une paillasse et un matelas; une table ou deux, deux cruches, un chandelier et un gobelet d'étain; deux ou trois chaises, une fourchette, une cuiller et l'assortiment complet d'un briquet; par faveur spéciale de petites pincettes très faibles et deux grosses pierres en guise de chenêts».
Toutes les chambres des tours avaient une cheminée garnie, dans son intérieur, de forts barreaux de fer. Dans les autres chambres on installait quelquefois un poêle.
Les fenêtres qui donnaient air et jour dans ces prisons méritent une description spéciale.—Dans le principe, «elles formaient d'assez grandes baies et chaque chambre en avait deux on trois, ce qui aidait à la circulation de l'air, prévenant ainsi l'humidité et l'infection». Mais le zèle d'un gouverneur bien pensant les fit réduire à une, qu'il transforma en longue meurtrière garnie de trois grilles: une en dedans du mur, une au milieu de son épaisseur et la troisième en dehors: cette dernière était souvent munie d'une hotte en bois.—Par un rafinement de cruauté ces grilles, d'un pouce d'épaisseur, étaient disposées de manière que les barreaux de l'une fussent exactement sur les vides de l'autre. Grâce à cet ingénieux moyen, leurs mailles de quatre pouces de large se trouvaient ainsi réduites à deux pouces à peine.—Enfin pour arriver au vitrage intérieur de quelques-unes de ces meurtrières, il fallait monter trois marches de un pied chacune et dans l'épaisseur du mur se trouvait ménagé un petit espace formant le cabinet d'aisances.